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S'entraîner : sujet BTS blanc Générations

BTS BLANC – CGO


Première partie : Synthèse
Vous rédigerez une synthèse objective et ordonnée des documents suivants :
• Document 1 : Gérard Vincent, Le Peuple lycéen, Gallimard,1974.
• Document 2 : François de singly, «L'invention privée de nouvelles façons de "vivre ensemble" », Le Monde (20 août 1998)
• Document 3 : MONTAIGNE, Essais, Livre premier, chap. XXVIII, 1580-1595
• Document 4 : Saturne dévorant un de ses enfants, tableau de Francisco Goya (1746-1828), peint entre 1819 et 1823

Deuxième partie : écriture personnelle
Vous répondrez d’une façon argumentée et ordonnée à la question suivante, en vous appuyant sur les textes du corpus et sur vos lectures personnelles :
Comment vous situez-vous par rapport aux générations antérieures ?




• Document 1 : Gérard Vincent, Le Peuple lycéen, Gallimard,1974.
La méfiance - inavouée - des pères à l'égard de l'impatience des fils n'est pas historiquement nouvelle. Ce qui est plus nouveau, c'est sans doute le sentiment de culpabilité qui imprègne les mentalités adultes. Non seulement les parents commencent - enfin - à se sentir responsables de la naissance de leurs enfants (alors que dans les générations précédentes on exigeait que les enfants fussent « reconnaissants » à l'égard de leurs géniteurs) mais aussi ils tendent à se percevoir comme coupables de Katyn, d'Auschwitz, d'Hiroshima, des guerres menées par la France en Indochine et en Algérie et même des bombardements américains au Viêt-Nam et de la misère du Tiers-Monde. Ceux qui avaient vingt ans en 1940 ont rencontré des choix embarrassants : Pétain ou de Gaulle (le plus souvent d'ailleurPétain, « puis » de Gaulle), la Libération (révolution ou restauration ?), la décolonisation, mai 1968, etc., c'est-à-dire tous ces grands événements nationaux qui, depuis trente ans, ont trouvé les Français divisés. Combien d'adultes ressentent la honte d'avoir fait de « mauvais » choix et reconstruisent - à l'intention de leurs enfants notamment - une sorte d'autobiographie imaginaire où leur attentisme de 1940-1944 se transforme en épopée de la Résistance ? Combien d'adultes balancent entre une éducation « permissive » à laquelle les convie un freudisme sommaire qui fait partie des idées du moment (mais alors, ne seront-ils pas considérés comme des parents « démissionnaires » ?) et une éducation traditionnelle et autoritaire (mais alors, ne seront-ils pas perçus comme des parents « répressifs », comme des « pères-flics » ?). Le procès du père s'instruit quotidiennnement à la table familiale : le discours de cet homme, bien nanti mais « de gauche », prône le bouleversement de la société tout entière mais se mue en une incitation à être « raisonnable », en une dénonciation de toutes les utopies spontanéistes lorsque son fils veut descendre dans la rue pour « changer la vie » dans le sens précisément préconisé par le père. Le propos de ce chef de famille catholique et cossu est contesté par sa fille qui lui reproche de parler dix fois plus souvent de l'argent que de Dieu.
La sévérité avec laquelle les adultes - ou certains d'entre eux - se perçoivent reste très en deçà du réquisitoire que les jeunes prononcent contre eux. Puisque enseignement et éducation restent sous-tendus par une conception volontariste de l'existence (le monde est malléable à la volonté humaine et l'homme apte à contrôler - sinon à susciter - l'événement), il en découle que le fils tient le père pour responsable des horreurs de la guerre et des insuffisances de la paix. Certes le père peut répondre que lui-même n'a pas demandé à naître, qu'il a été jeté à vingt ou trente ans dans la Seconde Guerre mondiale, qu'il a hérité lui aussi de l'impuissance de la génération précédente, qu'il n'est pas sûr, après tout, que l'humanité ne se pose que les problèmes qu'elle peut résoudre ; que le fils en le dénonçant comme responsable sera jugé comme tel par sa propre descendance. Vain discours puisque la société de consommation a accouché de cet enfant naturel : une jeunesse non culpabilisée qui fait allègrement son procès car, dépourvue du sens de son propre péché, elle a - au plus haut degré - le sens du péché de l'autre (de l'adulte) et celui du péché des nantis (des pays riches responsables de la misère du Tiers-Monde).

• Document 2 : François de singly, «L'invention privée de nouvelles façons de "vivre ensemble" », Le Monde (20 août 1998)

À écouter ou lire certains discours de gauche comme de droite, il y aurait crise du lien social dans notre société. Ce serait une évidence. Et il y aurait un responsable : « C'est la faute aux parents. » Parce que les parents ne sont pas assez autoritaires, pas assez sévères avec leurs enfants, la société irait mal. Alors, on menace de suspendre ou de mettre sous tutelle les prestations sociales des parents de délinquants, et surtout on rappelle à longueur de commentaire que le retour à l'ordre dans la famille, garant du bon fonctionnement dans la société, demande une plus grande place accordée au père. La part trop grande donnée aux mères aurait contribué à un tel état de confusion familiale.
Ainsi, on remonte une des pièces idéologiques du XIXe siècle. En effet, les opposants à la Révolution française estimaient qu'en tuant le roi on avait tué le père, et que la société était sur le déclin. Ils réclament alors que l'autorité du père soit rétablie, espérant que, derrière le retour du père, puisse avoir lieu le retour du roi et le retour de Dieu. Dans une telle optique, vivre ensemble demande avant tout obéissance et soumission. La famille, «cellule de base de la société», doit d'abord mettre en œuvre en son sein de telles relations : un père, avec l'autorité, une mère, soumise, et les enfants, eux aussi soumis pour toute leur vie. Le groupe familial l'emporte sur les individus qui le composent.
Aujourd'hui, ceux et celles qui gémissent sur les méfaits du temps font des rêves comparables : si seulement la famille pouvait revenir comme avant, avec un père au centre et des enfants obéissants, la société française se porterait mieux. Un tel raisonnement oublie l'essentiel : les parents doivent préparer leurs enfants à être des adultes qui pourront vivre dans la société de demain. Or toutes les prévisions nous annoncent que le monde de demain demandera des individus autonomes, capables de faire preuve de « flexibilité » dans leurs parcours professionnels. Et on voudrait que ces individus aient une personnalité à l'ancienne, définie en priorité par la vertu de l'obéissance !
Étrange aveuglement nostalgique qui nous interdit de réfléchir à notre avenir! La question de « vivre ensemble » en cette fin de XXe siècle réclame de l'imagination. Contrairement à certaines apparences, les familles contemporaines ont su inventer de nouvelles relations au sein desquelles les enfants apprennent à être autonomes en participant aux décisions familiales — toutes les enquêtes de décision d'achat le montrent -, en ayant droit à certains territoires personnels. Dans la majorité des cas, ces enfants doivent aussi contribuer à l'intérêt collectif, défini par le travail et la réussite de chacun. Ils doivent donc travailler à l'école. S'est mise en place progressivement une nouvelle famille qui respecte chacun, y compris dans son avenir (ce qui n'exclut pas certaines contraintes).
© Le Monde

• Document 3 : MONTAIGNE, Essais, Livre premier, chap. XXVIII, 1580-1595

Des enfants aux pères, c'est plutôt respect. L'amitié se nourrit de communication qui ne peut se trouver entre eux pour la trop grande disparité, et offenserait à l'aventure les devoirs de nature. Car ni toutes les secrètes pensées des pères ne se peuvent communiquer aux enfants pour n'y engendrer une messéante privauté [une familiarité déplacée], ni les avertissements et corrections qui est un des premiers offices [devoirs] d'amitié, ne se pourraient exercer des enfants aux pères. Il s'est trouvé des nations où, par usage, les enfants tuaient leurs pères, et d'autres où les pères tuaient leurs enfants, pour éviter l'empêchement qu'ils se peuvent quelquefois entreporter, et naturellement l'un dépend de la ruine de l'autre. Il s'est trouvé des philosophes dédaignant cette couture [ce lien] naturelle, témoin Aristippe : quand on le pressait de l'affection qu'il devait à ses enfants pour être sortis de lui, il se mit à cracher, disant que cela en était aussi bien sorti; que nous engendrions bien des poux et des vers. Et cet autre, que Plutarque voulait induire à s'accorder [se réconcilier] avec son frère : « Je n'en fais pas, dit-il, plus grand état pour être sorti de même trou. » C'est, à la vérité, un beau nom et plein de dilection [attrait] que le nom de frère, et à cette cause en fîmes-nous, lui et moi, notre alliance. Mais ce mélange de biens, ces partages, et que la richesse de l'un soit la pauvreté de l'autre, cela détrempe merveilleusement et relâche cette soudure fraternelle. Les frères ayant à conduire le progrès de leur avancement en même sentier et même train, il est forcé qu'ils se heurtent et choquent souvent. Davantage, la correspondance et relation qui engendre ces vraies et parfaites amitiés, pourquoi se trouvera-t-elle en ceux-ci? Le père et le fils peuvent être de complexion entièrement éloignée, et les frères aussi. C'est mon fils, c'est mon parent, mais c'est un homme farouche, un méchant ou un sot. Et puis, à mesure que ce sont amitiés que la loi et l'obligation naturelle nous commandent, il y a d'autant moins de notre choix et liberté volontaire. Et notre liberté volontaire n'a point de production qui soit plus proprement sienne que celle de l'affection et amitié. Ce n'est pas que je n'aie essayé de ce côté-là tout ce qui en peut être, ayant eu le meilleur père qui fut [pourtant], et le plus indulgent, jusques à son extrême vieillesse, et étant d'une famille fameuse de père en fils, et exemplaires en cette partie de la concorde fraternelle.

• Document 4 : Saturne dévorant un de ses enfants, tableau de Francisco Goya (1746-1828), peint entre 1819 et 1823 

Les "jeunes " et la politique : Libération, 11 février 2010

























L'engagement politique des jeunes : c'est le thème que se proposait d'explorer le quotidien Libération le jeudi 11 février, à travers une interview de la politologue Anne Muxel, auteur de Avoir 20 ans en politique.
L'article est consultable en ligne sur


L'interview est à lire, bien entendu, ne serait-ce que pour son analyse des nouvelles formes d'engagement qui seraient propres à une génération.
Cependant, il est véritablement regrettable, d'un point de vue scientifique, qu'aucun élément de comparaison ne soit véritablement donné :  il aurait été intéressant de pouvoir comparer les chiffres de l'abstention des "jeunes" avec l'abstention de  la génération précédente au même âge, ou encore  les comportements d'électeurs appartenant à des classes d'âge différentes lors d'une même élection . Ceci n'est fait que trop rapidement, au détour d'une phrase : "6 Français sur 10 ne se sont pas déplacés non plus."

Par ailleurs, les analyses de l'INSEE nuancent les affirmations de Mme Muxel: voici quelques données que j'ai sélectionnées. Pour les étudiants, il peut être intéressant de se demander en quoi elles complètent ou apportent un contre-point à l'article...

Doc 1.

Champ : électeurs inscrits en France métropolitaine.
Source : Insee, fichier national des électeurs, mars 2007.

 Doc. 2.

Ainsi pour les élections présidentielles de 2007 :  "Les jeunes se sont inscrits en nombre. En 2007, en métropole, près de 1,4 million de personnes sont inscrites pour la première fois sur les listes, soit 3,4 % du corps électoral.
Le facteur démographique et l’inscription d’office des jeunes qui ont atteint 18 ans en 2006 ne suffisent pas à expliquer l’ampleur du phénomène. En effet, les inscriptions d’office ne représentent que 40 % des nouvelles inscriptions. Au-delà, 830 000 électeurs sont venus d’eux-mêmes se faire enregistrer fin 2006 : la moitié sont âgés de moins de 30 ans et un quart ont entre 30 et 39 ans (graphique 2). La proportion de nouveaux inscrits atteint 6 % parmi les 18-24 ans (hors inscription d’office), 5 % parmi les 25-29 ans et 4 % parmi les 30-34 ans. Ce mouvement d’inscription des générations récentes à la veille du scrutin présidentiel de 2007 illustre a contrario la position de retrait qu’une partie d’entre elles avait adoptée au cours des années passées. Il s’agit un peu plus souvent d’hommes, dans 52 % des cas, alors que les hommes ne représentent que 47 % du corps électoral." (Insee)

Doc. 3.
Participation aux élections présidentielles de 2002 et 2007 selon la génération
(1er tour,  2ème tour)
                                              2007              2002



Génération 1920             76,8       78,2       73,0       79,8
Génération 1930             87,5       87,9       81,0       86,3
Génération 1940             91,0       90,8       79,7       86,4
Génération 1950             89,9       89,6       76,5       85,3
Génération 1960             87,4       88,1       72,3       81,6
Génération 1970             84,5       84,0       63,7       73,9
Génération 1980             80,9       79,8       68,4       78,1

Doc. 4.















Pierre Bourdieu : " La jeunesse n'est qu'un mot "



La sociologie est un sport de combat (2001)
Extrait vidéo (source) : "Pourquoi les jeunes des centre-villes réussissent ils mieux que les jeunes de banlieue ? Dans cet extrait du documentaire "La sociologie est un sport de combat" de Pierre Carles, Pierre Bourdieu définit dans un premier temps ce qu'est la sociologie. Puis, il tente d'expliquer ce que sont l'inégalité sociale, la reproduction sociale, les différences de capitaux et d'héritages économiques mais aussi culturels."



" La jeunesse n'est qu'un mot " :

Entretien avec Anne-Marie Métailié, paru dans Les jeunes et le premier emploi, Paris, Association des Ages,1978, pp. 520-530. Repris in Questions de sociologie, Éditions de Minuit, 1984. Ed. 1992 pp.143-154.

"Comment le sociologue aborde-t-il le problème des jeunes ?
- Le réflexe professionnel du sociologue est de rappeler que les divisions entre les âges sont arbitraires. C'est le paradoxe de Pareto disant qu'on ne sait pas à quel âge commence la vieillesse, comme on ne sait pas où commence la richesse. En fait, la frontière entre jeunesse et vieillesse est dans toutes les sociétés un enjeu de lutte. Par exemple, j'ai lu il y a quelques années un article sur les rapports entre les jeunes et les notables, à Florence, au XVIème siècle, qui montrait que les vieux proposaient à la jeunesse une idéologie de la virilité, de la virtú, et de la violence, ce qui était une façon de se réserver la sagesse, c'est-à-dire le pouvoir. De même, Georges Duby montre bien comment, au Moyen Age, les limites de la jeunesse étaient l'objet de manipulations de la part des détenteurs du patrimoine qui devaient maintenir en état de jeunesse, c'est-à-dire d'irresponsabilité, les jeunes nobles pouvant prétendre à la succession.
On trouverait des choses tout à fait équivalentes dans les dictons et les proverbes, ou tout simplement les stéréotypes sur la jeunesse, ou encore dans la philosophie, de Platon à Alain, qui assignait à chaque âge sa passion spécifique, à l'adolescence l'amour, à l'âge mûr l'ambition. La représentation idéologique de la division entre jeunes et vieux accorde aux plus jeunes des choses qui font qu'en contrepartie ils laissent des tas de choses aux plus vieux. On le voit très bien dans le cas du sport, par exemple dans le rugby, avec l'exaltation des « bons petits », bonnes brutes dociles vouées au dévouement obscur du jeu d'avants qu'exaltent les dirigeants et les commentateurs (« Sois fort et tais-toi, ne pense pas »). Cette structure, qui se retrouve ailleurs (par exemple dans les rapports entre les sexes) rappelle que dans la division logique entre les jeunes et les vieux, il est question de pouvoir, de division (au sens de partage) des pouvoirs. Les classifications par âge (mais aussi par sexe ou, bien sûr, par classe...) reviennent toujours à imposer des limites et à produire un ordre auquel chacun doit se tenir, dans lequel chacun doit se tenir à sa place.

- Par vieux, qu'entendez-vous ? Les adultes ? Ceux qui sont dans la production ? Ou le troisième âge ?
-  Quand je dis jeunes/ vieux, je prends la relation dans sa forme la plus vide. On est toujours le vieux ou le jeune de quelqu'un. C'est pourquoi les coupures soit en classes d'âge, soit en générations, sont tout à fait variables et sont un enjeu de manipulations. Par exemple, Nancy Munn, une ethnologue, montre que dans certaines sociétés d'Australie, la magie de jouvence qu'emploient les vieilles femmes pour retrouver la jeunesse est considérée comme tout à fait diabolique, parce qu'elle bouleverse les limites entre les âges et qu'on ne sait plus qui est jeune, qui est vieux. Ce que je veux rappeler, c'est tout simplement que la jeunesse et la vieillesse ne sont pas des données mais sont construites socialement, dans la lutte entre les jeunes et les vieux. Les rapports entre l'âge social et l'âge biologique sont très complexes. Si l'on comparait les jeunes des différentes fractions de la classe dominante, par exemple tous les élèves qui entrent à l'École Normale, l'ENA, l'X, etc., la même année, on verrait que ces « jeunes gens » ont d'autant plus les attributs de l'adulte, du vieux, du noble, du notable, etc., qu'ils sont plus proches du pôle du pouvoir. Quand on va des intellectuels aux PDG, tout ce qui fait jeune, cheveux longs, jeans, etc., disparaît.
- Chaque champ, comme je l'ai montré à propos de la mode ou de la production artistique et littéraire, a ses lois spécifiques de vieillissement : pour savoir comment s'y découpent les générations, il faut connaître les lois spécifiques du fonctionnement du champ, les enjeux de lutte et les divisions que cette lutte opère (« nouvelle vague », « nouveau roman », « nouveaux philosophes », « nouveaux magistrats », etc.). Il n'y a rien là que de très banal, mais qui fait voir que l'âge est une donnée biologique socialement manipulée et manipulable ; et que le fait de parler des jeunes comme d'une unité sociale, d'un groupe constitué, doté d'intérêts communs, et de rapporter ces intérêts à un âge défini biologiquement, constitue déjà une manipulation évidente. Il faudrait au moins analyser les différences entre les jeunesses, ou, pour aller vite, entre les deux jeunesses. Par exemple, on pourrait comparer systématiquement les conditions d'existence, le marché du travail, le budget temps, etc., des « jeunes » qui sont déjà au travail, et des adolescents du même âge (biologique) qui sont étudiants : d'un côté, les contraintes, à peine atténuées par la solidarité familiale, de l'univers économique réel, de l'autre, les facilités d'une économie quasi ludique d'assistés, fondée sur la subvention, avec repas et logement à bas prix, titres d'accès à prix réduits au théâtre et au cinéma, etc. On trouverait des différences analogues dans tous les domaines de l'existence : par exemple, les gamins mal habillés, avec des cheveux trop longs, qui, le samedi soir, baladent leur petite amie sur une mauvaise mobylette, ce sont ceux-là qui se font arrêter par les flics.
Autrement dit, c'est par un abus de langage formidable que l'on peut subsumer sous le même concept des univers sociaux qui n'ont pratiquement rien de commun. Dans un cas, on a un univers d'adolescence, au sens vrai, c'est-à-dire d'irresponsabilité provisoire : ces « jeunes » sont dans une sorte de no man's land social, ils sont adultes pour certaines choses, ils sont enfants pour d'autres, ils jouent sur les deux tableaux. C'est pourquoi beaucoup d'adolescents bourgeois rêvent de prolonger l'adolescence : c'est le complexe de Frédéric de L'Éducation sentimentale, qui éternise l'adolescence. Cela dit, les « deux jeunesses » ne représentent pas autre chose que les deux pôles, les deux extrêmes d'un espace de possibilités offertes aux « jeunes ». Un des apports intéressants du travail de Thévenot, c'est de montrer que, entre ces positions extrêmes, l'étudiant bourgeois et, à l'autre bout, le jeune ouvrier qui n'a même pas d'adolescence, on trouve aujourd'hui toutes les figures intermédiaires.

- Est-ce que ce qui a produit cette espèce de continuité là où il y avait une différence plus tranchée entre les classes, ce n'est pas la transformation du système scolaire ?
- Un des facteurs de ce brouillage des oppositions entre les différentes jeunesses de classe, est le fait que les différentes classes sociales ont accédé de façon proportionnellement plus importante à l'enseignement secondaire et que, du même coup, une partie des jeunes (biologiquement) qui jusque-là n'avait pas accès à l'adolescence, a découvert ce statut temporaire, « mi-enfant mi-adulte », « ni enfant, ni adulte ». Je crois que c'est un fait social très important. Même dans les milieux apparemment les plus éloignés de la condition étudiante du XIXème siècle, c'est-à-dire dans le petit village rural, avec les fils de paysans ou d'artisans qui vont au CES local, même dans ce cas-là, les adolescents sont placés, pendant un temps relativement long, à l'âge où auparavant ils auraient été au travail, dans ces positions quasi extérieures à l'univers social qui définissent la condition d'adolescent. Il semble qu'un des effets les plus puissants de la situation d'adolescent découle de cette sorte d'existence séparée qui met hors jeu socialement. Les écoles du pouvoir, et en particulier les grandes écoles, placent les jeunes dans des enclos séparés du monde, sortes d'espaces monastiques où ils mènent une vie à part, où ils font retraite, retirés du monde et tout entiers occupés à se préparer aux plus « hautes fonctions » : ils y font des choses très gratuites, de ces choses qu'on fait à l'école, des exercices à blanc. Depuis quelques années, presque tous les jeunes ont eu accès à une forme plus ou moins accomplie et surtout plus ou moins longue de cette expérience ; pour si courte et si superficielle qu'elle ait pu être, cette expérience est décisive parce qu'elle suffit à provoquer une rupture plus ou moins profonde avec le « cela-va-de-soi ». On connaît le cas du fils de mineur qui souhaite descendre à la mine le plus vite possible, parce que c'est entrer dans le monde des adultes. (Encore aujourd'hui, une des raisons pour lesquelles les adolescents des classes populaires veulent quitter l'école et entrer au travail très tôt, est le désir d'accéder le plus vite possible au statut d'adulte et aux capacités économiques qui lui sont associées : avoir de l'argent, c'est très important pour s'affirmer vis-à-vis des copains, vis-à-vis des filles, pour pouvoir sortir avec les copains et avec les filles, donc pour être reconnu et se reconnaître comme un « homme ». C'est un des facteurs du malaise que suscite chez les enfants des classes populaires la scolarité prolongée). Cela dit, le fait d'être placé en situation d'« étudiant » induit des tas de choses qui sont constitutives de la situation scolaire : ils ont leur paquet de livres entouré d'une petite ficelle, ils sont assis sur leur mobylette à baratiner une fille, ils sont entre jeunes, garçons et filles, en dehors du travail, ils sont dispensés à la maison des tâches matérielles au nom du fait qu'ils font des études (facteur important, les classes populaires se plient à cet espèce de contrat tacite qui fait que les étudiants sont mis hors jeu).
Je pense que cette mise hors jeu symbolique a une certaine importance, d'autant plus qu'elle se double d'un des effets fondamentaux de l'école qui est la manipulation des aspirations. L'école, on l'oublie toujours, ce n'est pas simplement un endroit où l'on apprend des choses, des savoirs, des techniques, etc., c'est aussi une institution qui décerne des titres, c'est-à-dire des droits, et confère du même coup des aspirations. L'ancien système scolaire produisait moins de brouillage que le système actuel avec ses filières compliquées, qui font que les gens ont des aspirations mal ajustées à leurs chances réelles. Autrefois, il y avait des filières relativement claires : si on allait au-delà du certificat, on entrait dans un cours complémentaire, dans une EPS, dans un Collège ou dans un Lycée ; ces filières étaient clairement hiérarchisées et on ne s'embrouillait pas. Aujourd'hui, il y a une foule de filières mal distinguées et il faut être très averti pour échapper au jeu des voies de garage ou des nasses, et aussi au piège des orientations et des titres dévalués. Cela contribue à favoriser un certain décrochage des aspirations par rapport aux chances réelles. L'ancien état du système scolaire faisait intérioriser très fortement les limites ; il faisait accepter l'échec ou les limites comme justes ou inévitables... Par exemple, les instituteurs et les institutrices étaient des gens qu'on sélectionnait et formait, consciemment ou inconsciemment, de telle manière qu'ils soient coupés des paysans et des ouvriers, tout en restant complètement séparés des professeurs du secondaire. En mettant dans la situation du « lycéen », même au rabais, des enfants appartenant à des classes pour qui l'enseignement secondaire était autrefois absolument inaccessible, le système actuel encourage ces enfants et leur famille à attendre ce que le système scolaire assurait aux élèves des Lycées au temps où ils n'avaient pas accès à ces institutions. Entrer dans l'enseignement secondaire, c'est entrer dans les aspirations qui étaient inscrites dans le fait d'accéder à l'enseignement secondaire à un stade antérieur : aller au Lycée, cela veut dire chausser, comme des bottes, l'aspiration à devenir prof de Lycée, médecin, avocat, notaire, autant de positions qu'ouvrait le Lycée dans l'entre-deux guerres. Or, quand les enfants des classes populaires n'étaient pas dans le système, le système n'était pas le même. Du même coup, il y a dévalorisation par simple effet d'inflation et aussi du fait du changement de la « qualité sociale » des détenteurs de titres. Les effets d'inflation scolaire sont plus compliqués qu'on ne le dit communément : du fait qu'un titre vaut toujours ce que valent ses porteurs, un titre qui devient plus fréquent est par là même dévalué, mais il perd encore de sa valeur parce qu'il devient accessible à des gens « sans valeur sociale ».

- Quelles sont les conséquences de ce phénomène d'inflation ?
- Les phénomènes que je viens de décrire font que les aspirations inscrites objectivement dans le système tel qu'il était en l'état antérieur sont déçues. Le décalage entre les aspirations que le système scolaire favorise par l'ensemble des effets que j'ai évoqués et les chances qu'il garantit réellement est au principe de la déception et du refus collectifs qui s'opposent à l'adhésion collective (que j'évoquais avec le fils du mineur) de l'époque antérieure et à la soumission anticipée aux chances objectives qui était une des conditions tacites du bon fonctionnement de l'économie. C'est une espèce de rupture du cercle vicieux qui faisait que le fils du mineur voulait descendre à la mine, sans même se demander s'il pourrait ne pas le faire. Il va de soi que ce que j'ai décrit là ne vaut pas pour l'ensemble de la jeunesse : il y a encore des tas d'adolescents, en particulier des adolescents bourgeois, qui sont dans le cercle comme avant ; qui voient les choses comme avant, qui veulent faire les grandes écoles, le M.I.T. ou Harvard Business School, tous les concours que l'on peut imaginer, comme avant.

- Dans les classes populaires, ces gosses se retrouvent dans des décalages dans le monde du travail.
- On peut être assez bien dans le système scolaire pour être coupé du milieu du travail, sans y être assez bien pour réussir à trouver un travail par les titres scolaires. (C'était là un vieux thème de la littérature conservatrice de 1880, qui parlait des bacheliers chômeurs et qui craignait déjà les effets de la rupture du cercle des chances et des aspirations et des évidences associées). On peut être très malheureux dans le système scolaire, s'y sentir complètement étranger et participer malgré tout de cette espèce de sous-culture scolaire, de la bande d'élèves qu'on retrouve dans les bals, qui ont un style étudiant, qui sont suffisamment intégrés à cette vie pour être coupés de leur famille (qu'ils ne comprennent plus et qui ne les comprend plus : « Avec la chance qu'ils ont ! ») et, d'autre part, avoir une espèce de sentiment de désarroi, de désespoir devant le travail. En fait, à cet effet d'arrachement au cercle, s'ajoute aussi, malgré tout, la découverte confuse de ce que le système scolaire promet à certains ; la découverte confuse, même à travers l'échec, que le système scolaire contribue à reproduire des privilèges.
Je pense — j'avais écrit cela il y a dix ans — que pour que les classes populaires puissent découvrir que le système scolaire fonctionne comme un instrument de reproduction, il fallait qu'elles passent par le système scolaire. Parce qu'au fond elles pouvaient croire que l'école était libératrice, ou quoi qu'en disent les porte-parole, n'en rien penser, aussi longtemps qu'elles n'avaient jamais eu affaire à elle, sauf à l'école primaire. Actuellement dans les classes populaires, aussi bien chez les adultes que chez les adolescents, s'opère la découverte, qui n'a pas encore trouvé son langage, du fait que le système scolaire est un véhicule de privilèges.

- Mais comment expliquer alors que l'on constate depuis trois ou quatre ans une dépolitisation beaucoup plus grande, semble-t-il ?
- La révolte confuse — mise en question du travail, de l'école, etc. — est globale, elle met en cause le système scolaire dans son ensemble et s'oppose absolument à ce qu'était l'expérience de l'échec dans l'ancien état du système (et qui n'est pas pour autant disparue, bien sûr ; il n'y a qu'à écouter les interviews : « Je n'aimais pas le français, je ne me plaisais pas à l'école, etc. »). Ce qui s'opère à travers les formes plus ou moins anomiques, anarchiques, de révolte, ce n'est pas ce qu'on entend ordinairement par politisation, c'est-à-dire ce que les appareils politiques sont préparés à enregistrer et à renforcer. C'est une remise en question plus générale et plus vague, une sorte de malaise dans le travail, quelque chose qui n'est pas politique au sens établi, mais qui pourrait l'être ; quelque chose qui ressemble beaucoup à certaines formes de conscience politique à la fois très aveugles à elles-mêmes, parce qu'elles n'ont pas trouvé leur discours, et d'une force révolutionnaire extraordinaire, capable de dépasser les appareils, qu'on retrouve par exemple chez les sous-prolétaires ou les ouvriers de première génération d'origine paysanne. Pour expliquer leur propre échec, pour le supporter, ces gens doivent mettre en question tout le système, en bloc, le système scolaire, et aussi la famille, avec laquelle il a partie liée, et toutes les institutions, avec l'identification de l'école à la caserne, de la caserne à l'usine. Il y a une espèce de gauchisme spontané qui évoque par plus d'un trait le discours des sous-prolétaires.

- Et cela a-t-il une influence sur les conflits de générations ?
- Une chose très simple, et à laquelle on ne pense pas, c'est que les aspirations des générations successives, des parents et des enfants, sont constituées par rapport à des états différents de la structure de la distribution des biens et des chances d'accéder aux différents biens : ce qui pour les parents était un privilège extraordinaire (à l'époque où ils avaient vingt ans, il y avait, par exemple, un sur mille des gens de leur âge, et de leur milieu, qui avait une voiture) est devenu banal, statistiquement. Et beaucoup de conflits de générations sont des conflits entre des systèmes d'aspirations constitués à des âges différents. Ce qui pour la génération 1 était une conquête de toute la vie, est donné dès la naissance, immédiatement, à la génération 2. Le décalage est particulièrement fort dans le cas des classes en déclin qui n'ont même plus ce qu'elles avaient à vingt ans et cela à une époque où tous les privilèges de leurs vingt ans (par exemple, le ski ou les bains de mer) sont devenus communs. Ce n'est pas par hasard que le racisme anti-jeunes (très visible dans les statistiques, bien qu'on ne dispose pas, malheureusement, d'analyses par fraction de classes) est le fait des classes en déclin comme les petits artisans ou commerçants), ou des individus en déclin et des vieux en général. Tous les vieux ne sont pas anti-jeunes, évidemment, mais la vieillesse est aussi un déclin social, une perte de pouvoir social et, par ce biais-là, les vieux participent du rapport aux jeunes qui est caractéristique aussi des classes en déclin. Évidemment les vieux des classes en déclin, c'est-à-dire les vieux commerçants, les vieux artisans, etc., cumulent au plus haut degré tous les symptômes : ils sont anti-jeunes mais aussi anti-artistes, anti-intellectuels, anti-contestation, ils sont contre tout ce qui change, tout ce qui bouge, etc., justement parce qu'ils ont leur avenir derrière eux, parce qu'ils n'ont pas d'avenir, alors que les jeunes se définissent comme ayant de l'avenir, comme définissant l'avenir.

Mais est-ce que le système scolaire n'est pas à l'origine de conflits entre les générations dans la mesure où il peut rapprocher dans les mêmes positions sociales des gens qui ont été formés dans des états différents du système scolaire ?
- On peut partir d'un cas concret : actuellement dans beaucoup de positions moyennes de la fonction publique où l'on peut avancer par l'apprentissage sur le tas, on trouve côte à côte, dans le même bureau, des jeunes bacheliers, ou même licenciés, frais émoulus du système scolaire, et des gens de cinquante à soixante ans qui sont partis, trente ans plus tôt, avec le certificat d'études, à un âge du système scolaire où le certificat d'études était encore un titre relativement rare, et qui, par l'autodidaxie et par l'ancienneté, sont arrivés à des positions de cadres qui maintenant ne sont plus accessibles qu'à des bacheliers. Là, ce qui s'oppose, ce ne sont pas des vieux et des jeunes, ce sont pratiquement deux états du système scolaire, deux états de la rareté différentielle des titres et cette opposition objective se retraduit dans des luttes de classements : ne pouvant pas dire qu'ils sont chefs parce qu'ils sont anciens, les vieux invoqueront l'expérience associée à l'ancienneté, tandis que les jeunes invoqueront la compétence garantie par les titres. La même opposition peut se retrouver sur le terrain syndical (par exemple, au syndicat FO des PTT) sous la forme d'une lutte entre des jeunes gauchistes barbus et de vieux militants de tendance ancienne SFIO. On trouve aussi côte à côte, dans le même bureau, dans le même poste, des ingénieurs issus les uns des Arts et Métiers, les autres de Polytechnique ; l'identité apparente de statut cache que les uns ont, comme on dit, de l'avenir et qu'ils ne font que passer dans une position qui est pour les autres un point d'arrivée. Dans ce cas, les conflits risquent de revêtir d'autres formes, parce que les jeunes vieux (puisque finis) ont toutes les chances d'avoir intériorisé le respect du titre scolaire comme enregistrement d'une différence de nature. C'est ainsi que, dans beaucoup de cas, des conflits vécus comme conflits de générations s'accompliront en fait à travers des personnes ou des groupes d'âge constitués autour de rapports différents avec le système scolaire. C'est dans une relation commune à un état particulier du système scolaire, et dans les intérêts spécifiques, différents de ceux de la génération définie par la relation à un autre état, très différent, du système, qu'il faut (aujourd'hui) chercher un des principes unificateurs d'une génération : ce qui est commun à l'ensemble des jeunes, ou du moins à tous ceux qui ont bénéficié tant soit peu du système scolaire, qui en ont tiré une qualification minimale, c'est le fait que, globalement, cette génération est plus qualifiée à emploi égal que la génération précédente (par parenthèse, on peut noter que les femmes qui, par une sorte de discrimination, n'accèdent aux postes qu'au prix d'une sur-sélection, sont constamment dans cette situation, c'est-à-dire qu'elles sont presque toujours plus qualifiées que les hommes à poste équivalent...). Il est certain que, par-delà toutes les différences de classe, les jeunes ont des intérêts collectifs de génération, parce que, indépendamment de l'effet de discrimination « anti-jeunes », le simple fait qu'ils ont eu affaire à des états différents du système scolaire fait qu'ils obtiendront toujours moins de leurs titres que n'en aurait obtenu la génération précédente. Il y a une déqualification structurale de la génération. C'est sans doute important pour comprendre cette sorte de désenchantement qui, lui, est relativement commun à toute la génération. Même dans la bourgeoisie, une part des conflits actuels s'explique sans doute par là, par le fait que le délai de succession s'allonge, que, comme l'a bien montré Le Bras dans un article de Population, l'âge auquel on transmet le patrimoine ou les postes devient de plus en plus tardif et que les juniors de la classe dominante doivent ronger leur frein. Ceci n'est sans doute pas étranger à la contestation qui s'observe dans les professions libérales (architectes, avocats, médecins, etc.), dans l'enseignement, etc. De même que les vieux ont intérêt à renvoyer les jeunes dans la jeunesse, de même les jeunes ont intérêt à renvoyer les vieux dans la vieillesse.
Il y a des périodes où la recherche du « nouveau » par laquelle les « nouveaux venus » (qui sont aussi, le plus souvent, les plus jeunes biologiquement) poussent les « déjà arrivés » au passé, au dépassé, à la mort sociale (« il est fini »), s'intensifie et où, du même coup, les luttes entre les générations atteignent une plus grande intensité : ce sont les moments où les trajectoires des plus jeunes et des plus vieux se télescopent, où les « jeunes » aspirent « trop tôt » à la succession. Ces conflits sont évités aussi longtemps que les vieux parviennent à régler le tempo de l'ascension des plus jeunes, à régler les carrières et les cursus, à contrôler les vitesses de course dans les carrières, à freiner ceux qui ne savent pas se freiner, les ambitieux qui « brûlent les étapes », qui se « poussent » (en fait, la plupart du temps, ils n'ont pas besoin de freiner parce que les « jeunes » — qui peuvent avoir cinquante ans — ont intériorisé les limites, les âges modaux, c'est-à-dire l'âge auquel on peut « raisonnablement prétendre » à une position, et n'ont même pas l'idée de la revendiquer avant l'heure, avant que « leur heure ne soit venue »). Lorsque le « sens des limites » se perd, on voit apparaître des conflits à propos des limites d'âge, des limites entre les âges, qui ont pour enjeu la transmission du pouvoir et des privilèges entre les générations."

Memento (source : wikipedia)

"Les types de capitaux Pierre Bourdieu distingue quatre types de capitaux fondamentaux :
  • Le capital économique mesure l'ensemble des ressources économiques d'un individu, à la fois ses revenus et son patrimoine.
  • Le capital culturel mesure l'ensemble des ressources culturelles dont dispose un individu. Elles peuvent être de trois formes : incorporées (savoir et savoir-faire, compétences, forme d'élocution, etc.), objectivées (possession d'objets culturels) et institutionnalisée (titres et diplômes scolaires).
  • Le capital social mesure l'ensemble des ressources qui sont liées à la « possession d'un réseau durable de relations d'interconnaissance et d'inter-reconnaissance » .
  • Le capital symbolique désigne toute forme de capital (culturel, social, ou économique) ayant une reconnaissance particulière au sein de la société.
Bourdieu désigne par le terme de capital toutes ces ressources sociales dans la mesure où elles résultent d'une accumulation qui permet aux individus d'obtenir des avantages sociaux. Le capital économique et le capital culturel constituent, pour Bourdieu, les deux formes de capitaux les plus importantes dans nos sociétés. Toutefois, il existe pour lui un type de capital spécifique à chaque champs social, qui en détermine la structure et y constitue l'enjeu des luttes."

Génération Facebook?






Un article de Libération, le 13/07/2007

 Le miroir à deux Facebook

Internet. Ce réseau social, déjà riche de 24 millions d'utilisateurs désireux de tout dévoiler, va-t-il trop loin ?
ROUSSEL Frédérique

Il y a quelques jours, un courriel tombe dans la boîte aux lettres de l'auteur de ces lignes. Qui dit, en anglais : «Olivier vous a ajouté comme ami dans Facebook. Nous avons besoin que vous confirmiez que vous êtes réellement ami d'Olivier.» Suivait le lien ad hoc. Qui diable était donc cet Olivier ? Vague nostalgie remontée d'une cour d'école sous les peupliers. Et Facebook, quèsaco ? En un clic, je rejoignais l'immense communauté de «facebookers». Plus de 24 millions d'âmes sur la planète, 100 000 nouvelles recrues toutes les semaines. De quoi ne plus se sentir seul.
Espace. Site de réseau social, Facebook (trombinoscope en anglais) parie sur l'envie des gens d'échanger et de partager. En s'inscrivant, l'internaute décrit son profil, peut mettre en ligne sa photo, dire ses préférences sexuelles ou aussi décider de garder son profil secret pour le commun des «facebookers» et affiché pour ses proches. A chaque modification effectuée sur l'espace personnel, tout le monde est au courant que vous êtes en vacances, en voyage, etc. Cette réactualisation partagée peut donner lieu à des quiproquos. Thomas Crampton avait annoncé sur son Facebook son mariage. Avant de se raviser : trop intime. Il décoche la case marquée «Thomas Crampton est fiancé à Thuy-Tien Tran», ce qui envoit à ses amis le message suivant : «Thomas Crampton et Thuy-Tien Tran ne sont plus fiancés.» Drame.
Facebook permet aussi de mettre en ligne ses photos, d'écrire des notes, de laisser des messages aux amis, de décrire son humeur face au monde, voire de retrouver des gens. Comme Shandara le raconte sur son blog : «J'ai trouvé un cousin dont je connaissais l'existence mais ne l'avais jamais rencontré. Une tante aussi. Puis de fil en aiguille, j'ai trouvé un groupe sur ma ville de naissance(1).» Car on peut aussi former des groupes, sur des thématiques variées.
Le succès de Facebook, né dans le giron de Harvard en 2004, puis étendu aux autres universités et lycées, est spectaculaire. Fin 2005, il rassemblait plus de 17 millions de comptes, essentiellement anglophones. L'histoire a un air de déjà-vu : un étudiant, Mark Zuckerberg, bidouille un site dans sa chambre d'étudiant. L'invention emballe le réseau, L'étudiant devient dirigeant d'une start-up, à Palo Alto en Californie.
Goûts. Depuis septembre, Facebook, où on ne pouvait qu'entrer sur invitation, est ouvert à tous. En peu de temps, le site est devenu la sixième plus grosse audience après Google et le premier en partage de photos aux Etats-Unis. Tandis que les invitations affluent dans les boîtes électroniques de la planète, Facebook accroît ses potentialités. Ainsi, iLike, le site de recommandations de disques, permet aux facebookers de partager leurs goûts musicaux.
«Prédiction : Facebook sera le plus grand réseau social dans le monde», titre Paul Allen, cofondateur de Microsoft, sur son blog, en mai dernier (2). Car il ne faut pas s'y tromper, derrière l'amitié et les bons sentiments se cachent les gros sous. Pour Allen, ce pourrait «être la meilleure opportunité pour les entrepreneurs du Net des dix dernières années.» Quoi de plus rentable en effet qu'une communauté formée de dizaine de millions de membres, dont la moitié se connecte à son Facebook chaque jour ? Sa «viralité» est démoniaque. Il se dit que Facebook a détrôné Myspace autre site de réseau social. Sur un an, entre mai 2006 et mai 2007, Facebook a connu une augmentation de 89 % de visiteurs uniques, selon Comscore. Des écueils commencent à se faire jour et des juristes d'Internet s'alarment des problèmes de protection de la vie privée. Notamment à propos d'images postées qui n'étaient pas destinées à être vues par tout le monde. Seule parade : ne pas accepter la si délicate invitation d'Olivier.
(1) peeckwick. free. fr (2) www.paulallen.net

Classement des 25 sites "d'internet social" les plus visités



Un article de la CNIL 
(Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés)

Facebook et vie privée, face à face

16 janvier 2008

Facebook, et plus largement les réseaux sociaux sur internet, sont source de nouveaux enjeux en terme de protection de la vie privée. Ils offrent des services innovants, et généralement gratuits, souvent en contrepartie d’une utilisation commerciale de vos données personnelles. Une fois en ligne, les informations vous concernant sont plus ou moins largement diffusées, indexées et analysées. La vigilance s’impose
La CNIL se doit de rencontrer et conseiller les professionnels et plus particulièrement ceux qui développent des technologies innovantes impliquant le traitement de données personnelles. A ce titre, des représentants de la CNIL ont rencontré à l'automne dernier des représentants de Facebook afin d'évaluer les risques qu'un tel service peut comporter au regard de la protection des données.
Récemment, la CNIL a adressé un courrier à Facebook afin d'obtenir des compléments d'informations sur les fichiers mis en œuvre. Il est ainsi demandé des précisions sur les durées de conservations des :
  • données personnelles des membres de Facebook ;
  • adresses IP traitées ;
  • adresses de courrier électronique des personnes invitées par un membre.
De même, la Commission a souhaité avoir des informations sur la manière dont Facebook analyse les profils de ses membres afin de leur délivrer des publicités ciblées. Enfin, elle a souligné que les personnes concernées doivent être informées de la finalité des fichiers, des destinataires des données et de l'existence d'un droit d'accès et de rectification.
En effet, comme l'utilisateur ne maîtrise pas assez ces nouveaux outils, il apprend trop souvent à s'en servir à ses dépens. Par exemple, même quand l'outil est paramétrable, la configuration par défaut favorise souvent une diffusion très large des données,  si bien que des informations devant rester dans la sphère privée se retrouvent souvent exposées à tous sur Internet.
L'utilisateur n'est donc pas toujours conscient qu'en dévoilant des données sur sa vie privée, ses habitudes de vie, ses loisirs, voire ses opinions politiques ou religieuses, il permet aux sites de se constituer de formidables gisements de données susceptibles ainsi de provoquer de multiples sollicitations commerciales.
C'est pourquoi, la CNIL rappelle aux internautes qu'une grande vigilance s'impose concernant la nature des données mises en ligne et le choix des personnes qui pourront y accéder. En effet, la réputation de l'internaute peut être mise en cause, dans sa sphère privée ou professionnelle.


Un article d'un site spécialisé dans les emplois de l'informatique (lesjeudis.com)
26/10/2009

Cinq métiers pour les accros de Facebook


"Nous sommes lundi matin. Vous vous connectez sur votre page Facebook pour mettre votre statut à jour tout en commençant à jeter un œil sur les photos sur le profil de vos amis. Vous regardez les photos d’un week-end où l’un de vos amis a été taggué dans l’album d’une personne que vous ne connaissez pas. Vous cliquez à droite et à gauche, pour finalement vous surprendre à admirer les photos de mariage d’individus qui vous sont totalement étrangers !
Ces situations vous rappelleront sans doute quelque chose si vous avez l’habitude d’utiliser les réseaux sociaux comme Facebook…

Alors que la plupart des demandeurs d'emploi suivent les avis de spécialistes qui conseillent d’utiliser les média sociaux pendant sa recherche d’emploi comme outils de réseautage. Parallèlement, ces derniers avertissent également les utilisateurs sur le danger de ces outils souvent très addictifs et chronophages. - en particulier au travail –

Mais les temps changent. Facebook, Viadeo, LinkedIn, Twitter, Weavlink sont aujourd’hui des plates-formes d’échanges sur lesquelles les gens communiquent et interagissent les uns avec les autres. Un lieu ou entreprises et marques se doivent absolument d’être présentes. Résultats, bon nombre d'offres d’emploi dans le marketing en ligne par exemple exigent désormais un certain niveau d'expertise relatif à l’utilisation de ces médias sociaux.

Les médias sociaux en hausse

De plus en plus de sociétés se mettent à utiliser les réseaux sociaux comme Twitter, ou créer des blogs ou des pages sur Facebook, Twitter ou LinkedIn pour gagner en visibilité et proposer de nouveaux services à ses clients. Beaucoup d’entreprises voient dans l’utilisation des réseaux sociaux une opportunité de mieux communiquer avec ses collaborateurs et les candidats sur des sujets comme l'emploi, le marché et leurs actualités. De plus, pour une entreprise, avoir une page Facebook permet de trouver des candidats et accroître la visibilité de leur marque.

« Aujourd’hui, il ne s’agît plus de se demander s’il faut ou non être présent sur les réseaux sociaux, mais plutôt comment y parvenir… Les entreprises sont bien souvent impuissantes face à ces nouveaux médias chronophages. Ainsi de nouveaux métiers sont apparus, comme celui de community managers qui va prendre en charge l’animation des réseaux de l’entreprise afin d’assurer la visibilité de la marque tout en veillant à sa bonne réputation sur Internet. », explique Jean Mariotte, Cofondateur de Weavlink.

Pourtant, si les entreprises ont clairement compris l’importance d’une stratégie efficace sur les réseaux sociaux, ce n’est pas le cas pour toutes. En effet, la plupart des sociétés sont conscientes de la nécessité d’être présentes sur les média sociaux, mais la volonté ne suffit pas et faut il encore savoir comment tirer profit de cette présence. Voilà pourquoi les sociétés ont aujourd’hui de plus en plus besoin de personnes - comme vous - possédant des compétences autour du réseautage social.

Quels métiers pour les accros de Facebook ?

Si les réseaux sociaux n’ont plus de secrets pour vous, voici 5 métiers à prendre en considération lors de votre prochaine recherche d’emploi :


Consultant réseaux sociaux


De nombreuses sociétés sont à la recherche de stratégistes capables de les conseiller sur les meilleures manières de communiquer et d’utiliser les différents média sociaux. Le stratégiste est une véritable interface entre l’entreprise et les réseaux sociaux. Il aura en charge notamment la création et la mise en place d’une véritable stratégie de réseautage social en interagissant avec les autres utilisateurs afin d’accroitre la notoriété de la marque, de créer du buzz, d’augmenter le trafic sur les pages… Pour prétendre à ce poste, il est nécessaire d’avoir des expériences réussies dans le secteur, car les entreprises restent réticentes à confier l’image de leur marque à un débutant.


Assistant marketing réseaux sociaux


Voilà un métier particulièrement complet touchant au domaine des média sociaux et requérant entre autre une solide expérience marketing opérationnel et du web. L’assistant réseaux sociaux intervient à la frontière des métiers de community manager et de consultat. Il a pour rôle principal l’élaboration d’une stratégie marketing d’utilisation des réseaux sociaux tout en veillant au suivi de l’activité via des outils d’analyse et de reporting des communautés des différents réseaux sociaux et plate-formes.


Community manager (animateur de réseaux sociaux)

Pour toute entreprise ayant une présence sur internet, le contact et le suivi de l’utilisateur est une part très importante de sa stratégie online.
Que la société dispose d’un blog, d’un site web ou de pages sur Facebook, Twitter et LinkedIn, les Community manager interagissent directement avec les utilisateurs, répondant aux questions, analysant les problèmes et surtout, en gardant la trace des habitudes des utilisateurs.


Social media manager (Responsable réseaux sociaux)

A l’instar du consultant, les sociétés ont besoin d’une personne capable de coordonner les blogs, le marketing viral, les vidéos d’une marque… Cette personne doit avoir une expérience du management et de la gestion de projet autour des média sociaux. Le Social media manager doit sans cesse être à l’affût des nouvelles technologies et être connecté partout : blogs, RSS, Twitter, Facebook, MySpace, YouTube…

Chasseur de tête

Alors que les candidats utilisent déjà les réseaux sociaux depuis quelques années, les recruteurs, eux, les ont rejoints plus récemment. Les entreprises peuvent désormais retrouver leurs futurs candidats plus rapidement, et avoir un aperçu de leur personnalité avant chaque recrutement. Habitués à l’environnement des média sociaux, les candidats gardent en général une certaine authenticité dans les informations publiées sur leurs pages. En effet, ces derniers ne se sentent pas menacés comme ils le seraient lors d’un entretien et sont donc beaucoup plus sincères avec les recruteurs.


Trouver des offres d’emploi dans les media sociaux
Vous pensez peut-être qu’il est difficile de trouver des offres d’emploi concernant les réseaux sociaux? Pourtant, sur les sites d’offres d’emploi, de nombreuses annonces sont proposées sans toutefois contenir l’expression exacte “media social”.
Essayez par exemple avec les expressions suivantes: “marketing interactif”, “nouveau media”, “media manager” et vous serez sans nul doute redirigé dans la bonne direction."

 Quelques chiffres...
Les usagers de Facebook en France.
Ces chiffres proviennent du site "Sociabliz Demographer" et sont obtenus grâce à un outil de ciblage publicitaire.

 
 
 

Je vous renvoie également au dossier complet "Comprendre Facebook et l'Internet social" proposé par "nonfiction.fr"









Qu'est-ce qu'une Génération? par Frédéric Gaussen



Une présentation très claire de la question et de ses enjeux dans cet article publié dans Le Monde en 1981.


Frédéric gaussen, «Qu'est-ce qu'une génération?». Le Monde (15 novembre 1981)
Frédéric Gaussen a été journaliste au Monde de 1964 à 1994.
Qu'est-ce qu'une génération ? Qu'est-ce qui fait que toutes les personnes d'un même âge se sentent quelque chose en commun, quelle que soit leur origine sociale ou régionale ? Il y a plusieurs façons d'entendre le mot « génération ». Il peut désigner les gens ayant eu une expérience historique commune particulièrement frappante. Ainsi parle-t-on de la guerre de 1914 ou de la Résistance ou de Mai 1968. On peut aussi identifier la génération à une classe d'âge : tous les gens ayant eu vingt ans dans les années 1950 ou 1970. On peut enfin penser à l'expérience familiale : la génération des enfants, par opposition à celle des parents et des grands-parents. Trois approches qui entraînent en fait des définitions et des contenus bien différents.
Pour qu'un événement crée une génération il faut qu'il ait un caractère global (qu'il touche pratiquement tous les individus d'un même âge), qu'il soit assez prolongé pour avoir le temps de marquer et suffisamment éprouvant pour que chacun ait de bonnes raisons de s'en souvenir. C'est pourquoi une guerre fait particulièrement bien l'affaire. Mais ces conditions ne sont pas suffisantes. Il faut aussi que « cet événement fondateur » fasse l'objet ensuite d'une célébration collective, que le souvenir en soit entretenu et magnifié1. C'est l'interprétation posthume de l'événement qui fait une génération, plus que l'événement lui-même. Aussi peut-on parler de génération pour les acteurs de la guerre de 1914, mais non pour la guerre de 1939-1945 (sauf pour la tranche très minoritaire de ceux qui ont participé à la Résistance) ou la guerre d'Algérie. Dans les deux derniers cas, la mauvaise conscience nationale provoquée par ces événements a entraîné un effet d'oubli, de gommage volontaire. Loin de se regrouper pour exalter les souvenirs communs, les survivants s'évitent et se taisent.
Ceci montre que l'histoire n'est jamais une succession neutre d'événements, mais une reconstruction opérée par une collectivité humaine, en fonction d'objectifs particuliers. La constitution d'un « effet de génération » répond à un programme précis : effacer les différents sociales ou les rivalités politiques ; forger l'unité d'un groupe autour d'un grand mythe original ; détourner les ressentiments que pourraient susciter les souffrances endurées en exaltant l'héroïsme des survivants ; affermir le pouvoir d'un clan et écarter les assauts de prétendants illégitimes (parce que n'ayant pas reçu l'acte de baptême de l'événement fondateur).
De même, si l'on peut - à la rigueur - parler d'une « génération de Mai 1968 », ce n'est évidemment pas en raison de l'effet politique immédiat de l'événement ou de l'importance numérique des gens qui y ont participé directement, mais parce qu'il fut pris pendant les dix années qui ont suivi comme référence symbolique par les médias et par une partie importante de l'opinion pour désigner un profond mouvement de transformation sociale.
Cet exemple montre que l'effet de génération peut jouer - sur une échelle réduite -pour désigner des groupes souvent très minoritaires, mais ayant une influence intellectuelle ou politique décisive.
La génération à caractère sociologique est, à l'inverse, beaucoup plus vaste et englobe, à la limite, tous les individus nés à la même époque et ayant eu les mêmes expériences scolaires et enfantines. Plus tard, ils s'apercevront en effet qu'il y a entre eux une relation invisible faite du même air respiré, d'émotions partagées à l'écoute des mêmes airs, au souvenir des mêmes danses et des mêmes coiffures. « De notre temps... », c'est-à-dire lorsque nous étions jeunes ensemble, lorsqu'on vibrait aux mêmes choses, qu'on pleurait devant les mêmes visages. Ce sont des souvenirs ténus, impalpables, mais plus importants que toutes les professions de foi. Ceux auxquels on tient plus que tout, parce qu'ils nous ont fait ce que nous sommes.
L'homogénéisation des sociétés modernes — avec la prolongation de la scolarité, la génération des médias, le rapprochement des sexes... — ne peut évidemment que renforcer cet effet de génération-là. Le phénomène du « yé-yé2 » a marqué peut-être la naissance de ces générations à l'échelle planétaire. Transportés par les médias à travers les frontières, les mots de passe et les signes de connivence réunissent les jeunes du monde entier dans les émotions communes. Mêmes airs, mêmes danses, mêmes vêtements, mêmes révoltes, mêmes rêves...
© Le Monde
1.Glorifier.
2.Yé-yé: phénomène de mode des années 1960 inspiré par la musique américaine (rock, twist).

Le passage à l'âge adulte : les rites initiatiques, un documentaire à voir.





Consultez la page consacrée à cette notion sur Wikipédia et visionnez:

Rites de passage de J.P. Mirouze, 2004

"Les sociétés traditionnelles organisent des rites de passage célébrant la métamorphose de l'enfant en adulte. Un parallèle est établi entre les rites initiatiques des populations traditionnelles et les phénomènes de métamorphose (piercings, tatouages, bodyhackers) qui touchent les jeunes générations occidentales. Les propos et analyses de l'anthropologue Maurice Godelier, de l'ethnologue et psychologue Lorenzo Brutti et du sociologue David Le Breton s'entrecroisent tout au long du film.
Maurice Godelier donne une définition précise du rite de passage, démontrant quelle est l'ambition de cette initiation. Il explique son rôle fondamental chez les Baruya, ethnie de Papouasie Nouvelle-Guinée, qu'il a étudié durant de nombreuses années. Plusieurs extraits du film "Planète baruya" illustrent ses propos. Il parle de l'origine de ces rites et raconte le mythe de la place des femmes par rapport aux hommes, de leur séparation et de la domination masculine ; il explique le rôle de la sexualité et de la douleur pendant l'initiation.
Lorenzo Brutti parle de l'adolescence dans nos sociétés, moment où se déroulent les phases du passage vers l'âge adulte (de la séparation du groupe à la réintégration dans la société). Ce sont des comportements violents, à risques, marquant un défi avec le danger et la mort (comme le phénomène Jackass) qui s'apparentent à des rites de passage chez ces jeunes.
David Le Breton étudie les comportements des jeunes, qui utilisent leur corps comme lieu de transformation de leur personnalité en pratiquant des tatouages, piercings ou implants sous-cutanés. On retrouve alors le rôle de la souffrance, mais ce changement effectué sur le corps est délibéré et revendiqué. Ce comportement reste, au contraire des rites des sociétés traditionnelles, une marque d'individualisme."



Rites de passage 2/2


Vous pouvez aussi visionner ce documentaire sur le site du CNRS.

Qui sont vraiment les jeunes ? Par les chercheurs du CNRS



Une mine d'articles et de recherches sur le site du CNRS, qui s'interroge :  
Qui sont vraiment les jeunes ?

Les thèmes abordés sont :
- "La longue route vers l'âge adulte " : cette page s'intéresse à la question de l'adolescence en 2009 ; on y trouve également un article sur le rapport à la musique, et un autre sur le logement, en particulier le départ du domicile parental, question traitée avec humour dans le film Tanguy.
Un extrait de cette page :
"La puberté est de tout temps et de tous lieux, mais elle est avant tout «une construction sociale». C'est de l'extrême fin du XIXe siècle, avec le développement de l'enseignement secondaire, « que l'on peut dater la naissance d'un âge adolescent, dit Michel Fize. En “enfermant” ses fils au collège pour mieux les contrôler et les tenir à distance de son propre pouvoir politique et économique, la bourgeoisie a inventé un vrai “nouvel âge” de la vie. Auparavant, les enfants étaient absorbés trop tôt dans le monde du travail pour connaître cet “entre-deux-âges” et devenaient adultes sans transition. Et il a fallu attendre les années 1960 et la massification scolaire pour que l'adolescence devienne une adolescence pour tous : garçons et filles »."

- "Ces jeunes qui flirtent avec les limites" : des pratiques à risque à la délinquance, cette page interroge le lien souvent établi entre la jeunesse et la violence.

Une question importante : Le déclassement des générations

Longtemps, le passage d'une génération à une autre s'est accompagné d'une progression sociale, ce qu'on appelle "l'ascenseur social" ; mais l'ascenseur semble désormais en panne :  non seulement la plupart des jeunes n'accèdent pas  à une situation professionnelle et sociale supérieure à celle de leurs parents, mais un nombre important d'entre eux connaît une "régression" sociale, ne parvenant pas à une situation équivalente à celle de la génération précédente.
C'est une question importante, un sujet d'actualité, et un changement sociologique majeur : ce thème pourrait tout à fait constituer un sujet de synthèse le jour de l'examen!
Je vous invite à lire deux articles sur ce sujet : le premier proposé par l'Observatoire des inégalités, le second par la revue Sciences Humaines.

Si vous avez des questions sur ces articles, n'hésitez pas à les poser en commentaire!


Quand l’ascenseur social descend : les conséquences individuelles et collectives du déclassement social
le 1er juillet 2009
Le déclassement marque nos sociétés qui n’arrivent pas à venir à bout du chômage. Un thème majeur et pourtant oublié de la sociologie. L’analyse de Camille Peugny, maître de conférences en sociologie (Paris VIII) et auteur de Le Déclassement (Grasset).


Tandis que la « panne de l’ascenseur social » occupe régulièrement la « Une » des journaux et que la question du « descenseur » social semble s’imposer comme un enjeu majeur du débat électoral de 2007, la sociologie demeure curieusement assez discrète sur le sujet. Si aux Etats-Unis, sociologues et anthropologues se sont depuis longtemps penchés sur le vécu et les conséquences de la mobilité intergénérationnelle descendante, peu de travaux systématiques ont été menés en France. (…)
Pourtant, en vingt ans, la dynamique de la société française a profondément changé. Dans les années 1970, la France connaît l’aboutissement d’un vaste mouvement de mobilité sociale ascendante. Nés au cours des années 1940 dans des milieux ouvriers ou paysans, les baby-boomers profitent des Trente glorieuses et de la diffusion du salariat moyen et supérieur [1] pour s’élever sensiblement au dessus de la condition de leurs parents. C’est cette génération qui se maintient depuis au sommet de la structure sociale. Au début des années 1980, les 35-39 ans sont ceux qui en moyenne occupent la position la plus favorisée. Vingt ans plus tard, les 35-39 ans figurent tout en bas d’une structure sociale… dominée par les 55-59 ans.
Les générations nées au tournant des années 1960 doivent en effet faire face à l’irruption puis à la persistance de la crise économique, au chômage de masse qui devient une donnée structurelle de l’économie et à une évolution moins favorable de la structure sociale.
Si l’on adopte une perspective historique, la part des individus immobiles (qui demeurent dans le même groupe social que leurs parents) reste remarquablement stable, autour de 38%. Par contre, parmi les individus mobiles, les trajectoires ascendantes deviennent moins nombreuses, alors que les trajectoires descendantes connaissent une augmentation sensible. Pour la génération 1944-1948, le solde de mobilité (construit comme la différence entre la part des trajectoires ascendantes et celle des trajectoires descendantes) approchait les 20 points : il tombe à moins de 7 points pour la génération 1964-1968, et rien n’indique que les courbes connaîtront dans un avenir proche une inflexion significative.
Cette dégradation des perspectives de mobilité sociale est généralisée. Pour les individus issus de milieux populaires, s’élever au-dessus de la condition de ses parents devient de plus en plus difficile et au milieu des années 2000, les enfants d’ouvriers ne sont pas plus nombreux à quitter la classe ouvrière que dans la France des années 1970. Pour les enfants issus de milieux favorisés, les risques de mobilité sociale descendante sont sévèrement accrus : plus d’un enfant de cadre sur quatre nés au tournant des années 1960 occupe, la quarantaine passée, un emploi d’ouvrier ou d’employé.
Au total, concernant la question de l’égalité des chances, il semble qu’il faille conclure à un lent nivellement vers le bas. L’écart entre les enfants de cadre et ceux d’ouvrier en termes d’accès au salariat d’encadrement diminue lentement entre les générations 1944-1948 et 1964-1968, mais les chances de devenir cadre diminuent pour les enfants de toutes les catégories sociales. Pour les enfants des classes populaires, l’ascenseur social est en panne. Pour ceux issus de milieux favorisés, il descend de plus en plus fréquemment.
La génération née une quinzaine d’années après le baby-boom fait figure de génération particulièrement défavorisée. A l’heure du départ à la retraite des baby-boomers, elle est déjà trop ancienne sur le marché du travail et ce sont alors leurs cadets, nés au début des années 1970, qui en bénéficient, les employeurs préférant embaucher de jeunes actifs fraîchement diplômés plutôt que de promouvoir des quadragénaires.
Deux types de vécu
Il n’existe pas d’expérience univoque de la mobilité descendante. Cette dernière voit sa fréquence augmenter, mais elle ne concerne pas avec la même intensité toutes les catégories sociales. Par définition, elle frappe les enfants issus de milieux favorisés puisque pour descendre, il faut venir d’en haut. Mais tous les enfants de cadre ne sont pas logés à la même enseigne. C’est par la transmission du capital culturel (mesuré par le niveau de diplôme dans ce travail) que s’effectue la reproduction de la position de cadre des ascendants. Même parmi les enfants de cadre, l’inégalité des chances scolaires persiste et le niveau de diplôme atteint par les individus est étroitement corrélé au niveau de diplôme du père. Au-delà, il fait identifier un effet « maternel » (les enfants de père cadre dont la mère est cadre également ont une probabilité plus élevé de reproduire la position du père) ainsi qu’un effet « généalogique » (les enfants de cadre dont le grand-père paternel n’était pas ouvrier ont une probabilité plus faible de connaître le déclassement social).
Il faut alors distinguer entre deux types de cadres parmi la génération des pères. Le premier (…) est composé d’individus issus de lignées où la position de cadre est déjà solidement ancrée, très diplômés et souvent mariées avec des femmes également plus diplômées que la moyenne. Ces cadres occupent des emplois qui nécessitent un diplôme initial élevé et exercent souvent des professions libérales ou de l’enseignement. Pour leurs enfants, les risques de mobilité descendante est relativement moins élevé (autour de 20% d’entre eux deviennent employé ou ouvrier). A l’inverse, le second type de cadres est composé des cadres « populaires », issus de milieux modestes qui en dépit d’un diplôme initial peu élevé ont atteint une position de cadre grâce à une mobilité ascendante en cours de carrière. Ils sont plus souvent cadres dans l’industrie et dans le secteur privé, sont souvent mariés avec des femmes inactives ou peu diplômées, et pour leurs enfants, les risques de mobilité descendante sont marqués (près d’un tiers d’entre eux sont employé ou ouvrier).
Selon que l’on soit enfant de cadre « populaire » ou de « dauphin », le déclassement social ne se vit pas de la même manière tant il revêt des significations différentes. Pour les premiers, le vécu peut être qualifié de générationnel tant affleure dans le discours le sentiment d’appartenir à une génération « sacrifiée », qui comparée à celle des ascendants, doit faire face à des perspectives nettement dégradées. Pour eux, la trajectoire descendante s’apparente à un retour à l’histoire « normale » d’une lignée marquée à un moment précis de son histoire par la soudaine mobilité ascendante d’un de ses membres.
Pour les enfants des « dauphins », le vécu se fait sur le mode de l’échec personnel. Nés dans des milieux favorisés, où le capital culturel est élevé, ils ne sont pas parvenus à reproduire la position du père. Le sentiment d’échec personnel domine alors et s’accompagne d’une difficulté à trouver sa place, dans la cellule familiale où prévaut le sentiment d’avoir rompu l’histoire de la lignée, mais aussi dans la société qui renvoie l’image de l’échec et dont on souhaite s’extraire.
Les conséquences politiques de la mobilité descendante
Quel que soit le type de vécu, la mobilité descendante, loin de n’être qu’une construction sociologique, (…) revêt une signification pour les individus. En particulier, ce n’est pas parce que le déclassement s’apparente à un retour à l’histoire « normale » de la lignée pour les enfants de cadres « populaires » qu’il est vécu de manière indolore. Au contraire, il est souvent perçu comme paradoxal et injuste puisque souvent plus diplômés que leurs parents, les individus concernés se trouvent cantonnés à des emplois d’exécution : le sentiment de frustration est fort tant domine l’impression d’avoir été trompé.
Au-delà de ces conséquences individuelles, l’augmentation des trajectoires descendantes revêt également des conséquences collectives. En effet, le sens de la trajectoire intergénérationnelle influence la manière dont on se représente le fonctionnement de la société. Sur le plan du comportement politique, la mobilité descendante se traduit par une recomposition (…) des attitudes. En particulier, la combinaison d’une forte hostilité au libéralisme économique et d’une faible préoccupation de redistribution sociale constitue un résultat relativement nouveau pour la science politique. Les victimes du déclassement social expriment ainsi un net besoin de protection de la part de l’Etat qui va de pair avec un rejet des « exclus » accusés de « profiter du système ».
Coexistent alors désormais au sein du même discours deux types de fragments habituellement opposés. Un fragment de « gauche », très critique du libéralisme économique, et un fragment « libéral », virulent à l’encontre des « assistés » .
Exigence d’un Etat protecteur donc, mais qui protège d’abord ceux qui travaillent. Sur le plan du positionnement partisan, les « déclassés » semblent relativement sensibles au discours de l’extrême droite. Le sentiment de frustration mentionné plus haut, ainsi que la recomposition originale du discours économique et social sont deux éléments que l’on peut avancer pour expliquer cette sensibilité à une extrême droite s’érigeant en défenseur des « petits » et des « sans grade » tout en pourfendant les « assistés ».


Ce texte est issu d’un rapport réalisé pour la Mission recherche (Mire) de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), ministère des affaires sociales.
Article publié le 22 mars 2007.


[1] Professions intermédiaires et cadres supérieurs notamment




Déclassement généralisé ?
Xavier Molénat
Les jeunes générations sont-elles condamnées à vivre moins bien que leurs parents ? Le débat a été animé au cours de l’été 2009. Dans Le Déclassement, paru début 2009, le sociologue Camille Peugny avait mis en évidence une diminution progressive des chances de mobilité ascendante au fur et à mesure des générations. Les générations nées dans les années 1940 et 1950 sont celles qui ont tiré le plus grand profit des transformations de la structure sociale française et du mouvement d’ouverture de l’école. Mais les perspectives se sont dégradées pour les générations nées à partir de 1960 qui, lors de leur entrée sur le marché du travail, font face à une conjoncture économique dégradée et un chômage croissant (hormis un léger mieux pour les générations nées au tournant des années 1960-1970). Le ratio ascendants/descendants reste toujours positif, mais diminue : il est de 2,2 pour les hommes de 40 ans nés en 1944-1948, de 1,8 pour ceux nés en 1954-1958 et 1,4 pour ceux nés entre 1964 et 1968. Ce qui traduit une « sévère dégradation des perspectives » : «  En 2003, parmi les individus âgés de 35 à 39 ans, 40 % reproduisent la position de leur père, 35 % s’élèvent au-dessus d’elle mais 25 % sont frappés par le déclassement. Parmi les individus du même âge en 1983, les proportions étaient respectivement de 42, 40 et 18 %. » Ainsi, selon C. Peugny, « le destin des enfants des classes populaires (ouvriers et employés) (...) s’est détérioré » entre les générations nées au milieu des années 1940 et celles nées vingt ans plus tard, qui connaissent une mobilité ascendante moins importante (20 % pour ces derniers, contre 27 % pour les premiers). Le diplôme reste la meilleure protection contre le déclassement… Et même celui des parents, et de la mère en particulier : « 66 % des hommes dont le père est cadre et la mère est diplômée du supérieur deviennent cadres à leur tour, contre seulement 30 % de ceux dont la mère n’est pas diplômée. » Reste que l’inflation scolaire conduit certains à subir un double déclassement, scolaire (ils n’obtiennent pas de poste à la hauteur de leur diplôme) et générationnel (ils n’arrivent pas à reproduire la position de leurs parents).
Un rapport du Conseil d’analyse stratégique (CAS), paru en juillet 2009, a voulu apporter un diagnostic plus nuancé de la situation (1). Ses auteurs, reprenant les chiffres de C. Peugny, juge la progression du déclassement incontestable mais modérée. La crainte généralisée du déclassement leur semble en décalage avec la réalité des faits : le solde de la mobilité sociale reste positif, les classes moyennes maintiennent leur position, et le nombre d’emplois qualifiés continue à augmenter. Mais d’autres phénomènes nourrissent l’anxiété : prix du logement, émergence des travailleurs pauvres, progression du surendettement…, phénomènes qui appellent, en effet, l’action des pouvoirs publics.
La réponse de C. Peugny ne s’est pas fait attendre. Dans une tribune du Monde paru quatre jours après le rapport du CAS, il a exprimé son désaccord total avec cette vision (2). D’une part, il a rappelé que les chiffres du déclassement qu’il a établis, et que reprend le CAS, sont des chiffres a minima, qui ne mesurent que des trajectoires fortement descendantes (un fils de cadre devenant ouvrier, par exemple). En intégrant des formes moins brutales de descente sociale, le taux de déclassement des fils de cadre pourrait atteindre non pas 24 % mais 45 %. D’autre part, on ne saurait se contenter de comparer la profession des parents et celle des enfants. La difficulté à acquérir un logement et la fragilisation des contrats de travail qui « interdisent toute projection dans l’avenir » sont autant d’indicateurs du déclassement générationnel. Loin qu’il y ait « un écart entre une réalité nuancée et une perception beaucoup plus sombre », le déclassement, selon C. Peugny, «  constitue bel et bien la réalité vécue par une proportion croissante des jeunes générations, victimes de la précarisation, du chômage de masse et d’une baisse sensible de leur niveau de vie ».
NOTES :
(1) Centre d’analyse stratégique, « La mesure du déclassement. Informer et agir sur les nouvelles réalités sociales », juillet 2009.
(2) Camille Peugny, « Non, la montée du déclassement n’est pas un mythe », Le Monde, 14 juillet 2009