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Césaire, Senghor et la Négritude (Une génération ne se définit-elle que par rapport à celle(s) qui la précède(nt) ? -2-)



Au cours de notre réflexion, il est apparu que, bien l'on pense souvent de prime abord à une relation d'opposition, il arrive qu'une génération tente de se définir par rapport à celle qui la précède dans un rapport d'héritage, une recherche de racines. On peut ainsi citer le mouvement de la "Négritude", initié par Aimé Césaire et  Léopold Sedar Senghor : « La Négritude est la simple reconnaissance du fait d’être noir, et l’acceptation de ce fait, de notre destin de Noir, de notre histoire et de notre culture ».

Extraits :

Aimé Césaire, Cahier d'un retour au pays natal (1939)

" ô lumière amicale
ô fraîche source de la lumière
ceux qui n'ont inventé ni la poudre ni la boussole
ceux qui n'ont jamais su dompter la vapeur ni l'électricité
ceux qui n'ont exploré ni les mers ni le ciel
mais ceux sans qui la terre ne serait pas la terre
gibbosité d'autant plus bienfaisante que la terre déserte
davantage la terre
silo où se préserve et mûrit ce que la terre a de plus terre
ma négritude n'est pas une pierre, sa surdité ruée contre la clameur du jour
ma négritude n'est pas une taie d'eau morte sur l'œil mort de la terre
ma négritude n'est ni une tour ni une cathédrale elle plonge dans la chair rouge du sol elle plonge dans la chair ardente du ciel elle troue l'accablement opaque de sa droite patience.

[...]

Écoutez le monde blanc
horriblement las de son effort immense
ses articulations rebelles craquer sous les étoiles dures
ses raideurs d'acier bleu transperçant la chair mystique
écoute ses victoires proditoires trompeter ses défaites
écoute aux alibis grandioses son piètre trébuchement
Pitié pour nos vainqueurs omniscients et naïfs !"

Léopold Sédar Senghor, Femme noire

"Femme nue, femme noire
Vétue de ta couleur qui est vie, de ta forme qui est beauté
J'ai grandi à ton ombre; la douceur de tes mains bandait mes yeux
Et voilà qu'au coeur de l'Eté et de Midi,
Je te découvre, Terre promise, du haut d'un haut col calciné
Et ta beauté me foudroie en plein coeur, comme l'éclair d'un aigle
Femme nue, femme obscure
Fruit mûr à la chair ferme, sombres extases du vin noir, bouche qui fais
lyrique ma bouche
Savane aux horizons purs, savane qui frémis aux caresses ferventes du
Vent d'Est
Tamtam sculpté, tamtam tendu qui gronde sous les doigts du vainqueur
Ta voix grave de contralto est le chant spirituel de l'Aimée
Femme noire, femme obscure
Huile que ne ride nul souffle, huile calme aux flancs de l'athlète, aux
flancs des princes du Mali
Gazelle aux attaches célestes, les perles sont étoiles sur la nuit de ta
peau.
Délices des jeux de l'Esprit, les reflets de l'or ronge ta peau qui se moire
A l'ombre de ta chevelure, s'éclaire mon angoisse aux soleils prochains
de tes yeux.
Femme nue, femme noire
Je chante ta beauté qui passe, forme que je fixe dans l'Eternel
Avant que le destin jaloux ne te réduise en cendres pour nourrir les
racines de la vie."

On peut également évoquer bien entendu le mouvement du Black Power aux États-Unis. 
 

Les générations, un objet publicitaire : les campagnes CNP

Les générations ont inspiré à la CNP une campagne suivie de très grande qualité : on trouve ainsi, parmi les réalisateurs, Lars von Trier (Palme d'Or 2000 pour Dancer in the Dark)
Dans ces films, on retrouve entremêlées les 3 définitions proposées par Gaussen, puisque bien que le fil directeur soit la perspective "généalogique", et la transmission familiale, la perspective sociologique et la notion de cohorte apparaissent en arrière-fond à travers les objets et les modes symboliques d'une classe d'âge, tandis que la défintion historique est évoquée par le rappel d'évènements (la Libération par exemple).


Le site CNP propose une présentation interactive de ces campagnes, ainsi que de nombreuses informations, à partir d'un axe chronologique : vous le trouverez ici.

Génération Facebook?






Un article de Libération, le 13/07/2007

 Le miroir à deux Facebook

Internet. Ce réseau social, déjà riche de 24 millions d'utilisateurs désireux de tout dévoiler, va-t-il trop loin ?
ROUSSEL Frédérique

Il y a quelques jours, un courriel tombe dans la boîte aux lettres de l'auteur de ces lignes. Qui dit, en anglais : «Olivier vous a ajouté comme ami dans Facebook. Nous avons besoin que vous confirmiez que vous êtes réellement ami d'Olivier.» Suivait le lien ad hoc. Qui diable était donc cet Olivier ? Vague nostalgie remontée d'une cour d'école sous les peupliers. Et Facebook, quèsaco ? En un clic, je rejoignais l'immense communauté de «facebookers». Plus de 24 millions d'âmes sur la planète, 100 000 nouvelles recrues toutes les semaines. De quoi ne plus se sentir seul.
Espace. Site de réseau social, Facebook (trombinoscope en anglais) parie sur l'envie des gens d'échanger et de partager. En s'inscrivant, l'internaute décrit son profil, peut mettre en ligne sa photo, dire ses préférences sexuelles ou aussi décider de garder son profil secret pour le commun des «facebookers» et affiché pour ses proches. A chaque modification effectuée sur l'espace personnel, tout le monde est au courant que vous êtes en vacances, en voyage, etc. Cette réactualisation partagée peut donner lieu à des quiproquos. Thomas Crampton avait annoncé sur son Facebook son mariage. Avant de se raviser : trop intime. Il décoche la case marquée «Thomas Crampton est fiancé à Thuy-Tien Tran», ce qui envoit à ses amis le message suivant : «Thomas Crampton et Thuy-Tien Tran ne sont plus fiancés.» Drame.
Facebook permet aussi de mettre en ligne ses photos, d'écrire des notes, de laisser des messages aux amis, de décrire son humeur face au monde, voire de retrouver des gens. Comme Shandara le raconte sur son blog : «J'ai trouvé un cousin dont je connaissais l'existence mais ne l'avais jamais rencontré. Une tante aussi. Puis de fil en aiguille, j'ai trouvé un groupe sur ma ville de naissance(1).» Car on peut aussi former des groupes, sur des thématiques variées.
Le succès de Facebook, né dans le giron de Harvard en 2004, puis étendu aux autres universités et lycées, est spectaculaire. Fin 2005, il rassemblait plus de 17 millions de comptes, essentiellement anglophones. L'histoire a un air de déjà-vu : un étudiant, Mark Zuckerberg, bidouille un site dans sa chambre d'étudiant. L'invention emballe le réseau, L'étudiant devient dirigeant d'une start-up, à Palo Alto en Californie.
Goûts. Depuis septembre, Facebook, où on ne pouvait qu'entrer sur invitation, est ouvert à tous. En peu de temps, le site est devenu la sixième plus grosse audience après Google et le premier en partage de photos aux Etats-Unis. Tandis que les invitations affluent dans les boîtes électroniques de la planète, Facebook accroît ses potentialités. Ainsi, iLike, le site de recommandations de disques, permet aux facebookers de partager leurs goûts musicaux.
«Prédiction : Facebook sera le plus grand réseau social dans le monde», titre Paul Allen, cofondateur de Microsoft, sur son blog, en mai dernier (2). Car il ne faut pas s'y tromper, derrière l'amitié et les bons sentiments se cachent les gros sous. Pour Allen, ce pourrait «être la meilleure opportunité pour les entrepreneurs du Net des dix dernières années.» Quoi de plus rentable en effet qu'une communauté formée de dizaine de millions de membres, dont la moitié se connecte à son Facebook chaque jour ? Sa «viralité» est démoniaque. Il se dit que Facebook a détrôné Myspace autre site de réseau social. Sur un an, entre mai 2006 et mai 2007, Facebook a connu une augmentation de 89 % de visiteurs uniques, selon Comscore. Des écueils commencent à se faire jour et des juristes d'Internet s'alarment des problèmes de protection de la vie privée. Notamment à propos d'images postées qui n'étaient pas destinées à être vues par tout le monde. Seule parade : ne pas accepter la si délicate invitation d'Olivier.
(1) peeckwick. free. fr (2) www.paulallen.net

Classement des 25 sites "d'internet social" les plus visités



Un article de la CNIL 
(Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés)

Facebook et vie privée, face à face

16 janvier 2008

Facebook, et plus largement les réseaux sociaux sur internet, sont source de nouveaux enjeux en terme de protection de la vie privée. Ils offrent des services innovants, et généralement gratuits, souvent en contrepartie d’une utilisation commerciale de vos données personnelles. Une fois en ligne, les informations vous concernant sont plus ou moins largement diffusées, indexées et analysées. La vigilance s’impose
La CNIL se doit de rencontrer et conseiller les professionnels et plus particulièrement ceux qui développent des technologies innovantes impliquant le traitement de données personnelles. A ce titre, des représentants de la CNIL ont rencontré à l'automne dernier des représentants de Facebook afin d'évaluer les risques qu'un tel service peut comporter au regard de la protection des données.
Récemment, la CNIL a adressé un courrier à Facebook afin d'obtenir des compléments d'informations sur les fichiers mis en œuvre. Il est ainsi demandé des précisions sur les durées de conservations des :
  • données personnelles des membres de Facebook ;
  • adresses IP traitées ;
  • adresses de courrier électronique des personnes invitées par un membre.
De même, la Commission a souhaité avoir des informations sur la manière dont Facebook analyse les profils de ses membres afin de leur délivrer des publicités ciblées. Enfin, elle a souligné que les personnes concernées doivent être informées de la finalité des fichiers, des destinataires des données et de l'existence d'un droit d'accès et de rectification.
En effet, comme l'utilisateur ne maîtrise pas assez ces nouveaux outils, il apprend trop souvent à s'en servir à ses dépens. Par exemple, même quand l'outil est paramétrable, la configuration par défaut favorise souvent une diffusion très large des données,  si bien que des informations devant rester dans la sphère privée se retrouvent souvent exposées à tous sur Internet.
L'utilisateur n'est donc pas toujours conscient qu'en dévoilant des données sur sa vie privée, ses habitudes de vie, ses loisirs, voire ses opinions politiques ou religieuses, il permet aux sites de se constituer de formidables gisements de données susceptibles ainsi de provoquer de multiples sollicitations commerciales.
C'est pourquoi, la CNIL rappelle aux internautes qu'une grande vigilance s'impose concernant la nature des données mises en ligne et le choix des personnes qui pourront y accéder. En effet, la réputation de l'internaute peut être mise en cause, dans sa sphère privée ou professionnelle.


Un article d'un site spécialisé dans les emplois de l'informatique (lesjeudis.com)
26/10/2009

Cinq métiers pour les accros de Facebook


"Nous sommes lundi matin. Vous vous connectez sur votre page Facebook pour mettre votre statut à jour tout en commençant à jeter un œil sur les photos sur le profil de vos amis. Vous regardez les photos d’un week-end où l’un de vos amis a été taggué dans l’album d’une personne que vous ne connaissez pas. Vous cliquez à droite et à gauche, pour finalement vous surprendre à admirer les photos de mariage d’individus qui vous sont totalement étrangers !
Ces situations vous rappelleront sans doute quelque chose si vous avez l’habitude d’utiliser les réseaux sociaux comme Facebook…

Alors que la plupart des demandeurs d'emploi suivent les avis de spécialistes qui conseillent d’utiliser les média sociaux pendant sa recherche d’emploi comme outils de réseautage. Parallèlement, ces derniers avertissent également les utilisateurs sur le danger de ces outils souvent très addictifs et chronophages. - en particulier au travail –

Mais les temps changent. Facebook, Viadeo, LinkedIn, Twitter, Weavlink sont aujourd’hui des plates-formes d’échanges sur lesquelles les gens communiquent et interagissent les uns avec les autres. Un lieu ou entreprises et marques se doivent absolument d’être présentes. Résultats, bon nombre d'offres d’emploi dans le marketing en ligne par exemple exigent désormais un certain niveau d'expertise relatif à l’utilisation de ces médias sociaux.

Les médias sociaux en hausse

De plus en plus de sociétés se mettent à utiliser les réseaux sociaux comme Twitter, ou créer des blogs ou des pages sur Facebook, Twitter ou LinkedIn pour gagner en visibilité et proposer de nouveaux services à ses clients. Beaucoup d’entreprises voient dans l’utilisation des réseaux sociaux une opportunité de mieux communiquer avec ses collaborateurs et les candidats sur des sujets comme l'emploi, le marché et leurs actualités. De plus, pour une entreprise, avoir une page Facebook permet de trouver des candidats et accroître la visibilité de leur marque.

« Aujourd’hui, il ne s’agît plus de se demander s’il faut ou non être présent sur les réseaux sociaux, mais plutôt comment y parvenir… Les entreprises sont bien souvent impuissantes face à ces nouveaux médias chronophages. Ainsi de nouveaux métiers sont apparus, comme celui de community managers qui va prendre en charge l’animation des réseaux de l’entreprise afin d’assurer la visibilité de la marque tout en veillant à sa bonne réputation sur Internet. », explique Jean Mariotte, Cofondateur de Weavlink.

Pourtant, si les entreprises ont clairement compris l’importance d’une stratégie efficace sur les réseaux sociaux, ce n’est pas le cas pour toutes. En effet, la plupart des sociétés sont conscientes de la nécessité d’être présentes sur les média sociaux, mais la volonté ne suffit pas et faut il encore savoir comment tirer profit de cette présence. Voilà pourquoi les sociétés ont aujourd’hui de plus en plus besoin de personnes - comme vous - possédant des compétences autour du réseautage social.

Quels métiers pour les accros de Facebook ?

Si les réseaux sociaux n’ont plus de secrets pour vous, voici 5 métiers à prendre en considération lors de votre prochaine recherche d’emploi :


Consultant réseaux sociaux


De nombreuses sociétés sont à la recherche de stratégistes capables de les conseiller sur les meilleures manières de communiquer et d’utiliser les différents média sociaux. Le stratégiste est une véritable interface entre l’entreprise et les réseaux sociaux. Il aura en charge notamment la création et la mise en place d’une véritable stratégie de réseautage social en interagissant avec les autres utilisateurs afin d’accroitre la notoriété de la marque, de créer du buzz, d’augmenter le trafic sur les pages… Pour prétendre à ce poste, il est nécessaire d’avoir des expériences réussies dans le secteur, car les entreprises restent réticentes à confier l’image de leur marque à un débutant.


Assistant marketing réseaux sociaux


Voilà un métier particulièrement complet touchant au domaine des média sociaux et requérant entre autre une solide expérience marketing opérationnel et du web. L’assistant réseaux sociaux intervient à la frontière des métiers de community manager et de consultat. Il a pour rôle principal l’élaboration d’une stratégie marketing d’utilisation des réseaux sociaux tout en veillant au suivi de l’activité via des outils d’analyse et de reporting des communautés des différents réseaux sociaux et plate-formes.


Community manager (animateur de réseaux sociaux)

Pour toute entreprise ayant une présence sur internet, le contact et le suivi de l’utilisateur est une part très importante de sa stratégie online.
Que la société dispose d’un blog, d’un site web ou de pages sur Facebook, Twitter et LinkedIn, les Community manager interagissent directement avec les utilisateurs, répondant aux questions, analysant les problèmes et surtout, en gardant la trace des habitudes des utilisateurs.


Social media manager (Responsable réseaux sociaux)

A l’instar du consultant, les sociétés ont besoin d’une personne capable de coordonner les blogs, le marketing viral, les vidéos d’une marque… Cette personne doit avoir une expérience du management et de la gestion de projet autour des média sociaux. Le Social media manager doit sans cesse être à l’affût des nouvelles technologies et être connecté partout : blogs, RSS, Twitter, Facebook, MySpace, YouTube…

Chasseur de tête

Alors que les candidats utilisent déjà les réseaux sociaux depuis quelques années, les recruteurs, eux, les ont rejoints plus récemment. Les entreprises peuvent désormais retrouver leurs futurs candidats plus rapidement, et avoir un aperçu de leur personnalité avant chaque recrutement. Habitués à l’environnement des média sociaux, les candidats gardent en général une certaine authenticité dans les informations publiées sur leurs pages. En effet, ces derniers ne se sentent pas menacés comme ils le seraient lors d’un entretien et sont donc beaucoup plus sincères avec les recruteurs.


Trouver des offres d’emploi dans les media sociaux
Vous pensez peut-être qu’il est difficile de trouver des offres d’emploi concernant les réseaux sociaux? Pourtant, sur les sites d’offres d’emploi, de nombreuses annonces sont proposées sans toutefois contenir l’expression exacte “media social”.
Essayez par exemple avec les expressions suivantes: “marketing interactif”, “nouveau media”, “media manager” et vous serez sans nul doute redirigé dans la bonne direction."

 Quelques chiffres...
Les usagers de Facebook en France.
Ces chiffres proviennent du site "Sociabliz Demographer" et sont obtenus grâce à un outil de ciblage publicitaire.

 
 
 

Je vous renvoie également au dossier complet "Comprendre Facebook et l'Internet social" proposé par "nonfiction.fr"









La Merditude des choses, un film de Felix Van Groeningen






Courrez voir ce film magnifique qui interroge, avec un humour aussi tendre que violent et iconoclaste, la question de la filiation, de ce que nous lèguent les générations ; comment "être un Strobbe" tout en étant enfin "différent"? La famille de Gunther est autant ce qui le détruit que ce qui l'aide à se construire et peu-être aussi à survivre, de même que les punitions de ses maîtres font peu à peu de lui un écrivain. C'est drôle, très drôle, atrocement drôle mais aussi parfois épouvantable (âmes sensibles s'abstenir!), dur et émouvant. Et la problématique est au coeur de notre sujet.


La critique de Télérama :

CRITIQUE bien La merditude, c'est quand on a une vie de merde... et qu'on trouve ça normal. Question d'habitude. Ou même d'hérédité. C'est le cas de Gunther, 13 ans, qui vit dans les années 80 à Trouduc-les-Oies chez sa grand-mère, avec son père et ses trois oncles, quatre ogres braillards, chômeurs et biturés à la bière du réveil au coucher. Faire ses lignes de punition (quelque chose dans le genre « Tu ne frapperas pas tes camarades sous prétexte qu'ils se sont moqués de ta famille») à côté d'un papa torché ou voir ses tontons foutre à la porte l'huissier, ça le fait marrer, Gunther. Sa mère, qui a fui depuis longtemps ? « Une pute, madame », répond-il tranquillement à l'assistante sociale. Il est un Strobbe, il en est fier, et, comme le dit l'oncle Petrol, carabine à la main : « On ne touche pas à un Strobbe. » Sauf quand l'ado se fait tabasser par papa, que l'alcool et la déprime finissent par rendre dingue...
Bienvenue en enfer ? Oui et non, car ce petit film flamand, en passe de devenir un phénomène (triomphe monstre en Belgique, début de carrière en Amérique), est réjouissant au possible. Une alchimie parfaite entre lose totale, avec décors grisâtres assortis, et énergie dévorante, comme en témoigne la course de vélo à poil de l'affiche. Les Strobbe sont machos, glandeurs, pathétiques, violents à l'occasion, mais Felix Van Groeningen les filme avec l'empathie, la tendresse que Cassavetes avait pour ses paumés. Ils en deviennent terriblement attachants, ces gros boeufs chevelus fans de Roy Orbison (!). Bourrés, ils peuvent même être hilarants. Construit en allers et retours entre l'enfance de Gunther et sa vie d'adulte cynique (tu m'étonnes !), ce portrait de famille en chaos constant ose tous les excès, toutes les grossièretés sans jamais sombrer dans la vulgarité. Dans sa manière d'éructer, si émouvante, ce film pourrait être une chanson de Jacques Brel. Revigorant dans sa désespérance même.
Guillemette Odicino
Télérama, Samedi 02 janvier 2010

La critique du Monde :   "La Merditude des choses" : roman d'initiation au milieu des chopes de bière

Il faut plus se fier au titre de ce film qu'à son affiche. La séquence qui met en scène une course cycliste dont les concurrents montent leurs machines dans le plus simple appareil n'occupe qu'un moment du film. Ce troisième long-métrage du jeune metteur en scène flamand Felix Van Groeningen est en revanche tout entier consacré à la transmutation d'un monde excrémentiel en oeuvre d'art. L'expérience est menée avec un mélange d'outrance joyeuse et de noire mélancolie qui trouve tout naturellement son cadre sous un grand ciel bas et gris, dans un petit village des Flandres.
La Merditude des choses est adaptée d'un roman à succès de Dimitri Verhulst, nourri de l'expérience de l'auteur. Celui-ci se présente sous les traits de Gunther Strobbe, garçon blond que l'on voit tour à tour à l'entrée de l'adolescence (Kenneth Vanbaeden), et au seuil de l'âge mûr (Valentijn Dhaenens).
A 30 ans, Gunther vit de petits boulots en attendant de voir publier son premier roman et que voie le jour son premier-né, qu'il n'a pas désiré. En le voyant vivre quinze ans plus tôt, on comprend son peu d'enthousiasme pour la paternité. Il a grandi dans une drôle de maison. La seule femme y était sa grand-mère, propriétaire du logis qui abritait aussi ses quatre fils adultes, au regard de l'état civil sinon du sens commun, à commencer par le père de Gunther, Cel (Koen De Graeve), le facteur du village, qui a hérité de son propre père un alcoolisme à toute épreuve. C'est aussi le seul de la fratrie à occuper un emploi à temps plein, les autres naviguant entre petits boulots, délinquance et oisiveté à outrance.
Une vingtaine de millions de spectateurs français ont récemment éprouvé tout ce qu'une tournée postale sous l'emprise de l'alcool pouvait avoir de comique. Felix Van Groeningen n'est pas bégueule et sait bien que les gens bourrés peuvent faire de drôles de choses, voire des choses très drôles. Il les met en scène avec générosité, laissant les situations aller jusqu'à leur paroxysme.
Ceux-ci peuvent être ridicules ou touchants - les quatre lascars s'invitent chez un voisin iranien pour regarder à la télévision (la leur a été saisie) un concert de Roy Orbison et se noient dans la bière et la voix suave du créateur de Pretty Woman. Ils peuvent être aussi sordides et cruels - l'oncle Petrol (Wouter Hendrickx) séduit sans hésitation l'adolescente dont Gunther est amoureux.
Filmé de très près, ce quatuor (qui, physiquement, évoque les pires heures du heavy metal) suscite une sympathie qu'on a, depuis son fauteuil, du mal à comprendre, tant le comportement des quatre fils Strobbe est parfois abject. Cette compréhension tient pour une bonne part au travail des comédiens, qui découpent leurs personnages à la hache dans les séquences frénétiques et leur apportent un peu de nuances lorsque le rythme se ralentit.
Les souffrances du jeune Gunther procèdent du déchirement entre la dévotion qu'il témoigne à son père comme à ses oncles et sa parfaite lucidité. Il voit bien que Cel se détruit lentement (enfin, pas si lentement que ça). Il partage avec lui la haine pour la femme qui les a abandonnés tous deux, mais sait bien que celle-ci n'est pas partie sans raison. Il aime à faire ses devoirs (et les nombreuses punitions qui lui sont infligées) entre les chopes de bière, mais sait aussi qu'il ferait mieux d'entrer dans un internat - pas tant pour réussir ses études que pour échapper à la tragédie imminente.
La pauvreté matérielle expose Gunther à toutes les humiliations, mais le mépris des frères Strobbe pour les règles de la vie en société lui fait entrevoir des moments de grandeur burlesque, d'autant plus drôles qu'ils menacent à tout moment de basculer. Dans ce carnaval perpétuel, la petite maman des grands Strobbe (Gilda de Bal) doit toute seule donner la mesure de la raison, ce qu'elle fait avec autant de constance que d'insuccès.
La structure en allers-retours du film est faite pour montrer comment un garçon façonné par ces circonstances misérables mais parfois épiques peut passer à l'âge d'homme. Ce versant du film, qui montre les tribulations d'un écrivain contraint de livrer des pizzas, est bien en retrait du reste de La Merditude. Nécessaire à la structure du récit, il le ralentit, le banalise. Cette faiblesse épisodique est rachetée par l'ultime séquence du film qui réussit enfin à renouer ces deux fils et à livrer le secret qui se cache au coeur de la merditude des choses.
Thomas Sotinel

Le passage à l'âge adulte : les rites initiatiques, un documentaire à voir.





Consultez la page consacrée à cette notion sur Wikipédia et visionnez:

Rites de passage de J.P. Mirouze, 2004

"Les sociétés traditionnelles organisent des rites de passage célébrant la métamorphose de l'enfant en adulte. Un parallèle est établi entre les rites initiatiques des populations traditionnelles et les phénomènes de métamorphose (piercings, tatouages, bodyhackers) qui touchent les jeunes générations occidentales. Les propos et analyses de l'anthropologue Maurice Godelier, de l'ethnologue et psychologue Lorenzo Brutti et du sociologue David Le Breton s'entrecroisent tout au long du film.
Maurice Godelier donne une définition précise du rite de passage, démontrant quelle est l'ambition de cette initiation. Il explique son rôle fondamental chez les Baruya, ethnie de Papouasie Nouvelle-Guinée, qu'il a étudié durant de nombreuses années. Plusieurs extraits du film "Planète baruya" illustrent ses propos. Il parle de l'origine de ces rites et raconte le mythe de la place des femmes par rapport aux hommes, de leur séparation et de la domination masculine ; il explique le rôle de la sexualité et de la douleur pendant l'initiation.
Lorenzo Brutti parle de l'adolescence dans nos sociétés, moment où se déroulent les phases du passage vers l'âge adulte (de la séparation du groupe à la réintégration dans la société). Ce sont des comportements violents, à risques, marquant un défi avec le danger et la mort (comme le phénomène Jackass) qui s'apparentent à des rites de passage chez ces jeunes.
David Le Breton étudie les comportements des jeunes, qui utilisent leur corps comme lieu de transformation de leur personnalité en pratiquant des tatouages, piercings ou implants sous-cutanés. On retrouve alors le rôle de la souffrance, mais ce changement effectué sur le corps est délibéré et revendiqué. Ce comportement reste, au contraire des rites des sociétés traditionnelles, une marque d'individualisme."



Rites de passage 2/2


Vous pouvez aussi visionner ce documentaire sur le site du CNRS.

Une question importante : Le déclassement des générations

Longtemps, le passage d'une génération à une autre s'est accompagné d'une progression sociale, ce qu'on appelle "l'ascenseur social" ; mais l'ascenseur semble désormais en panne :  non seulement la plupart des jeunes n'accèdent pas  à une situation professionnelle et sociale supérieure à celle de leurs parents, mais un nombre important d'entre eux connaît une "régression" sociale, ne parvenant pas à une situation équivalente à celle de la génération précédente.
C'est une question importante, un sujet d'actualité, et un changement sociologique majeur : ce thème pourrait tout à fait constituer un sujet de synthèse le jour de l'examen!
Je vous invite à lire deux articles sur ce sujet : le premier proposé par l'Observatoire des inégalités, le second par la revue Sciences Humaines.

Si vous avez des questions sur ces articles, n'hésitez pas à les poser en commentaire!


Quand l’ascenseur social descend : les conséquences individuelles et collectives du déclassement social
le 1er juillet 2009
Le déclassement marque nos sociétés qui n’arrivent pas à venir à bout du chômage. Un thème majeur et pourtant oublié de la sociologie. L’analyse de Camille Peugny, maître de conférences en sociologie (Paris VIII) et auteur de Le Déclassement (Grasset).


Tandis que la « panne de l’ascenseur social » occupe régulièrement la « Une » des journaux et que la question du « descenseur » social semble s’imposer comme un enjeu majeur du débat électoral de 2007, la sociologie demeure curieusement assez discrète sur le sujet. Si aux Etats-Unis, sociologues et anthropologues se sont depuis longtemps penchés sur le vécu et les conséquences de la mobilité intergénérationnelle descendante, peu de travaux systématiques ont été menés en France. (…)
Pourtant, en vingt ans, la dynamique de la société française a profondément changé. Dans les années 1970, la France connaît l’aboutissement d’un vaste mouvement de mobilité sociale ascendante. Nés au cours des années 1940 dans des milieux ouvriers ou paysans, les baby-boomers profitent des Trente glorieuses et de la diffusion du salariat moyen et supérieur [1] pour s’élever sensiblement au dessus de la condition de leurs parents. C’est cette génération qui se maintient depuis au sommet de la structure sociale. Au début des années 1980, les 35-39 ans sont ceux qui en moyenne occupent la position la plus favorisée. Vingt ans plus tard, les 35-39 ans figurent tout en bas d’une structure sociale… dominée par les 55-59 ans.
Les générations nées au tournant des années 1960 doivent en effet faire face à l’irruption puis à la persistance de la crise économique, au chômage de masse qui devient une donnée structurelle de l’économie et à une évolution moins favorable de la structure sociale.
Si l’on adopte une perspective historique, la part des individus immobiles (qui demeurent dans le même groupe social que leurs parents) reste remarquablement stable, autour de 38%. Par contre, parmi les individus mobiles, les trajectoires ascendantes deviennent moins nombreuses, alors que les trajectoires descendantes connaissent une augmentation sensible. Pour la génération 1944-1948, le solde de mobilité (construit comme la différence entre la part des trajectoires ascendantes et celle des trajectoires descendantes) approchait les 20 points : il tombe à moins de 7 points pour la génération 1964-1968, et rien n’indique que les courbes connaîtront dans un avenir proche une inflexion significative.
Cette dégradation des perspectives de mobilité sociale est généralisée. Pour les individus issus de milieux populaires, s’élever au-dessus de la condition de ses parents devient de plus en plus difficile et au milieu des années 2000, les enfants d’ouvriers ne sont pas plus nombreux à quitter la classe ouvrière que dans la France des années 1970. Pour les enfants issus de milieux favorisés, les risques de mobilité sociale descendante sont sévèrement accrus : plus d’un enfant de cadre sur quatre nés au tournant des années 1960 occupe, la quarantaine passée, un emploi d’ouvrier ou d’employé.
Au total, concernant la question de l’égalité des chances, il semble qu’il faille conclure à un lent nivellement vers le bas. L’écart entre les enfants de cadre et ceux d’ouvrier en termes d’accès au salariat d’encadrement diminue lentement entre les générations 1944-1948 et 1964-1968, mais les chances de devenir cadre diminuent pour les enfants de toutes les catégories sociales. Pour les enfants des classes populaires, l’ascenseur social est en panne. Pour ceux issus de milieux favorisés, il descend de plus en plus fréquemment.
La génération née une quinzaine d’années après le baby-boom fait figure de génération particulièrement défavorisée. A l’heure du départ à la retraite des baby-boomers, elle est déjà trop ancienne sur le marché du travail et ce sont alors leurs cadets, nés au début des années 1970, qui en bénéficient, les employeurs préférant embaucher de jeunes actifs fraîchement diplômés plutôt que de promouvoir des quadragénaires.
Deux types de vécu
Il n’existe pas d’expérience univoque de la mobilité descendante. Cette dernière voit sa fréquence augmenter, mais elle ne concerne pas avec la même intensité toutes les catégories sociales. Par définition, elle frappe les enfants issus de milieux favorisés puisque pour descendre, il faut venir d’en haut. Mais tous les enfants de cadre ne sont pas logés à la même enseigne. C’est par la transmission du capital culturel (mesuré par le niveau de diplôme dans ce travail) que s’effectue la reproduction de la position de cadre des ascendants. Même parmi les enfants de cadre, l’inégalité des chances scolaires persiste et le niveau de diplôme atteint par les individus est étroitement corrélé au niveau de diplôme du père. Au-delà, il fait identifier un effet « maternel » (les enfants de père cadre dont la mère est cadre également ont une probabilité plus élevé de reproduire la position du père) ainsi qu’un effet « généalogique » (les enfants de cadre dont le grand-père paternel n’était pas ouvrier ont une probabilité plus faible de connaître le déclassement social).
Il faut alors distinguer entre deux types de cadres parmi la génération des pères. Le premier (…) est composé d’individus issus de lignées où la position de cadre est déjà solidement ancrée, très diplômés et souvent mariées avec des femmes également plus diplômées que la moyenne. Ces cadres occupent des emplois qui nécessitent un diplôme initial élevé et exercent souvent des professions libérales ou de l’enseignement. Pour leurs enfants, les risques de mobilité descendante est relativement moins élevé (autour de 20% d’entre eux deviennent employé ou ouvrier). A l’inverse, le second type de cadres est composé des cadres « populaires », issus de milieux modestes qui en dépit d’un diplôme initial peu élevé ont atteint une position de cadre grâce à une mobilité ascendante en cours de carrière. Ils sont plus souvent cadres dans l’industrie et dans le secteur privé, sont souvent mariés avec des femmes inactives ou peu diplômées, et pour leurs enfants, les risques de mobilité descendante sont marqués (près d’un tiers d’entre eux sont employé ou ouvrier).
Selon que l’on soit enfant de cadre « populaire » ou de « dauphin », le déclassement social ne se vit pas de la même manière tant il revêt des significations différentes. Pour les premiers, le vécu peut être qualifié de générationnel tant affleure dans le discours le sentiment d’appartenir à une génération « sacrifiée », qui comparée à celle des ascendants, doit faire face à des perspectives nettement dégradées. Pour eux, la trajectoire descendante s’apparente à un retour à l’histoire « normale » d’une lignée marquée à un moment précis de son histoire par la soudaine mobilité ascendante d’un de ses membres.
Pour les enfants des « dauphins », le vécu se fait sur le mode de l’échec personnel. Nés dans des milieux favorisés, où le capital culturel est élevé, ils ne sont pas parvenus à reproduire la position du père. Le sentiment d’échec personnel domine alors et s’accompagne d’une difficulté à trouver sa place, dans la cellule familiale où prévaut le sentiment d’avoir rompu l’histoire de la lignée, mais aussi dans la société qui renvoie l’image de l’échec et dont on souhaite s’extraire.
Les conséquences politiques de la mobilité descendante
Quel que soit le type de vécu, la mobilité descendante, loin de n’être qu’une construction sociologique, (…) revêt une signification pour les individus. En particulier, ce n’est pas parce que le déclassement s’apparente à un retour à l’histoire « normale » de la lignée pour les enfants de cadres « populaires » qu’il est vécu de manière indolore. Au contraire, il est souvent perçu comme paradoxal et injuste puisque souvent plus diplômés que leurs parents, les individus concernés se trouvent cantonnés à des emplois d’exécution : le sentiment de frustration est fort tant domine l’impression d’avoir été trompé.
Au-delà de ces conséquences individuelles, l’augmentation des trajectoires descendantes revêt également des conséquences collectives. En effet, le sens de la trajectoire intergénérationnelle influence la manière dont on se représente le fonctionnement de la société. Sur le plan du comportement politique, la mobilité descendante se traduit par une recomposition (…) des attitudes. En particulier, la combinaison d’une forte hostilité au libéralisme économique et d’une faible préoccupation de redistribution sociale constitue un résultat relativement nouveau pour la science politique. Les victimes du déclassement social expriment ainsi un net besoin de protection de la part de l’Etat qui va de pair avec un rejet des « exclus » accusés de « profiter du système ».
Coexistent alors désormais au sein du même discours deux types de fragments habituellement opposés. Un fragment de « gauche », très critique du libéralisme économique, et un fragment « libéral », virulent à l’encontre des « assistés » .
Exigence d’un Etat protecteur donc, mais qui protège d’abord ceux qui travaillent. Sur le plan du positionnement partisan, les « déclassés » semblent relativement sensibles au discours de l’extrême droite. Le sentiment de frustration mentionné plus haut, ainsi que la recomposition originale du discours économique et social sont deux éléments que l’on peut avancer pour expliquer cette sensibilité à une extrême droite s’érigeant en défenseur des « petits » et des « sans grade » tout en pourfendant les « assistés ».


Ce texte est issu d’un rapport réalisé pour la Mission recherche (Mire) de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees), ministère des affaires sociales.
Article publié le 22 mars 2007.


[1] Professions intermédiaires et cadres supérieurs notamment




Déclassement généralisé ?
Xavier Molénat
Les jeunes générations sont-elles condamnées à vivre moins bien que leurs parents ? Le débat a été animé au cours de l’été 2009. Dans Le Déclassement, paru début 2009, le sociologue Camille Peugny avait mis en évidence une diminution progressive des chances de mobilité ascendante au fur et à mesure des générations. Les générations nées dans les années 1940 et 1950 sont celles qui ont tiré le plus grand profit des transformations de la structure sociale française et du mouvement d’ouverture de l’école. Mais les perspectives se sont dégradées pour les générations nées à partir de 1960 qui, lors de leur entrée sur le marché du travail, font face à une conjoncture économique dégradée et un chômage croissant (hormis un léger mieux pour les générations nées au tournant des années 1960-1970). Le ratio ascendants/descendants reste toujours positif, mais diminue : il est de 2,2 pour les hommes de 40 ans nés en 1944-1948, de 1,8 pour ceux nés en 1954-1958 et 1,4 pour ceux nés entre 1964 et 1968. Ce qui traduit une « sévère dégradation des perspectives » : «  En 2003, parmi les individus âgés de 35 à 39 ans, 40 % reproduisent la position de leur père, 35 % s’élèvent au-dessus d’elle mais 25 % sont frappés par le déclassement. Parmi les individus du même âge en 1983, les proportions étaient respectivement de 42, 40 et 18 %. » Ainsi, selon C. Peugny, « le destin des enfants des classes populaires (ouvriers et employés) (...) s’est détérioré » entre les générations nées au milieu des années 1940 et celles nées vingt ans plus tard, qui connaissent une mobilité ascendante moins importante (20 % pour ces derniers, contre 27 % pour les premiers). Le diplôme reste la meilleure protection contre le déclassement… Et même celui des parents, et de la mère en particulier : « 66 % des hommes dont le père est cadre et la mère est diplômée du supérieur deviennent cadres à leur tour, contre seulement 30 % de ceux dont la mère n’est pas diplômée. » Reste que l’inflation scolaire conduit certains à subir un double déclassement, scolaire (ils n’obtiennent pas de poste à la hauteur de leur diplôme) et générationnel (ils n’arrivent pas à reproduire la position de leurs parents).
Un rapport du Conseil d’analyse stratégique (CAS), paru en juillet 2009, a voulu apporter un diagnostic plus nuancé de la situation (1). Ses auteurs, reprenant les chiffres de C. Peugny, juge la progression du déclassement incontestable mais modérée. La crainte généralisée du déclassement leur semble en décalage avec la réalité des faits : le solde de la mobilité sociale reste positif, les classes moyennes maintiennent leur position, et le nombre d’emplois qualifiés continue à augmenter. Mais d’autres phénomènes nourrissent l’anxiété : prix du logement, émergence des travailleurs pauvres, progression du surendettement…, phénomènes qui appellent, en effet, l’action des pouvoirs publics.
La réponse de C. Peugny ne s’est pas fait attendre. Dans une tribune du Monde paru quatre jours après le rapport du CAS, il a exprimé son désaccord total avec cette vision (2). D’une part, il a rappelé que les chiffres du déclassement qu’il a établis, et que reprend le CAS, sont des chiffres a minima, qui ne mesurent que des trajectoires fortement descendantes (un fils de cadre devenant ouvrier, par exemple). En intégrant des formes moins brutales de descente sociale, le taux de déclassement des fils de cadre pourrait atteindre non pas 24 % mais 45 %. D’autre part, on ne saurait se contenter de comparer la profession des parents et celle des enfants. La difficulté à acquérir un logement et la fragilisation des contrats de travail qui « interdisent toute projection dans l’avenir » sont autant d’indicateurs du déclassement générationnel. Loin qu’il y ait « un écart entre une réalité nuancée et une perception beaucoup plus sombre », le déclassement, selon C. Peugny, «  constitue bel et bien la réalité vécue par une proportion croissante des jeunes générations, victimes de la précarisation, du chômage de masse et d’une baisse sensible de leur niveau de vie ».
NOTES :
(1) Centre d’analyse stratégique, « La mesure du déclassement. Informer et agir sur les nouvelles réalités sociales », juillet 2009.
(2) Camille Peugny, « Non, la montée du déclassement n’est pas un mythe », Le Monde, 14 juillet 2009

Tuer le père : Oedipe - Le complexe d'Oedipe d'après Freud

Oedipe incarne dans l'imaginaire collectif le meurtrier du père et celui qui le remplace comme amant de sa mère, symbole mythique de l'affrontement des générations. Mais quel est exactement ce mythe? Et qu'appelle-t-on le "complexe d'Oedipe"?


Oedipe et le Sphinx, Gustave Moreau, 1864

Le Mythe 


"Dans la mythologie grecque Œdipe est le fils de Laïos et de Jocaste, qui règnent sur Thèbes. Un oracle prédit à Laïos qu'il sera plus tard tué par son fils : plutôt que de le faire périr, il abandonne Œdipe dans la montagne, après avoir pris soin de lui lier les pieds. Mais un berger trouve l'enfant et le confie au roi de Corinthe Polybos, qui l'élève comme son propre fils, sans lui révéler le secret de ses origines, et le nomme Œdipe, celui qui a les pieds enflés.

Un nouvel oracle prédit à Œdipe qu'il sera le meurtrier de son père : ignorant que Polybos n'est pas celui-ci, il quitte Corinthe pour que la prédiction ne puisse se réaliser. Pendant son voyage, il rencontre Laïos et ses serviteurs et tue son vrai père, qu'il prend pour le chef d'une bande de voleurs.
Lorsqu'il arrive à Thèbes, but de son voyage, il ne peut entrer dans la ville : un monstre sanguinaire, le Sphinx, en empêche l'accès, tuant et dévorant tous les voyageurs incapables de résoudre l'énigme qu'il leur propose. Mais Œdipe trouve la solution, et le Sphinx se tue lui-même : Œdipe devient un héros adulé par les habitants de la ville, qui le proclament roi et lui donnent comme femme la veuve de Laïos, Jocaste, qui n'est autre que sa propre mère.

Oedipe et le Sphinx, J.-A. Ingres, 1808



De nombreuses années s'écoulent, pendant lesquelles Œdipe et Jocaste, ignorant leurs véritables liens de parenté, vivent fort heureux. Mais un jour une épidémie de peste s'abat sur Thèbes, et l'oracle de Delphes annonce que cette épidémie durera tant que le meurtrier de Laïos ne sera pas châtié. Œdipe alors fait rechercher le coupable, mais il ne tarde pas à se rendre compte que c'est lui qui a tué Laïos sans savoir que celui-ci était son père.
Quand Jocaste apprend la nouvelle, elle se suicide de désespoir, et Œdipe comprend que leurs enfants, Étéocle, Polynice, Antigone et Ismène sont maudits. Il se crève alors les yeux et renonce à la royauté. Quelques années plus tard, il est chassé de Thèbes ; errant çà et là, accompagné d'Antigone sa fille qui lui sert de guide, il arrive dans un lieu de culte non loin d'Athènes, où l'on vénère les Euménides. C'est là qu'il meurt, juste après qu'Apollon lui a promis que l'endroit de sa mort sera un lie sacré et bénéfique pour Athènes." (source : ac-strasbourg.fr/pedago/lettres)


Commentaire


Contrairement à Cronos ou à Zeus, on voit qu'Oedipe n'a pas conscience de tuer son père, et même, qu'il cherche à échapper au parricide en fuyant Polybos. Ce mythe est donc fondamentalement différent de celui de Cronos-Saturne, et on pourrait même s'interroger sur son lien avec la question des générations : pour Jean-Pierre Vernant (1914-2007), historien et spécialiste des mythes grecques, ce mythe pose d'abord et essentiellement la question de l'identité et de la culpabilité, bien que la malédiction d'Oedipe réside dans le fait qu'il a "brouillé" les générations et donc l'ordre naturel des choses : "On brouille toutes les générations humaines et on comprend alors que sa présence à Thèbes fasse qu’il n’y a plus de saisons, qu’il n’y a plus de rythme temporel où après l’hiver c’est le printemps, c’est l’été, c’est l’automne. L’été de l’homme, c’est le moment où il est à deux pieds. L’automne et l’hiver c’est le moment où il est à trois pieds et le printemps, c’est quand il est à quatre pieds. Il a tout brouillé. Maintenant, il n’y a plus de saisons Thèbes, c’est la pagaille, c’est le chaos temporel. Il a été cela. Et on voit que cet homme qui savait tout est aussi énigmatique que l’homme que représente Œdipe. Il est énigmatique, on ne sait pas ce que nous sommes. Sa faute, il est coupable du crime le plus grand, de la souillure la plus grande : coucher avec sa mère, tuer son père." (Jean-Pierre Vernant,"Les grands entretiens", 2 mai 2002)

Si la figure d'Oedipe paraît étroitement liée à la question des générations, c'est à cause de l'interprétation qu'en donna Freud, et de la théorie qu'il élabora à partir de ce mythe.
Bien que cette théorie ait été depuis controversée et souvent critiquée, elle n'en demeure pas moins célèbre et souvent citée et utilisée ; c'est pourquoi il convient de la connaître.

Tuer le père : le complexe d'Oedipe d'après Freud

Selon Freud, la mère est le premier objet de l'amour et du désir de l'enfant, car c'est elle qui satisfait, en le nourrissant, toutes ses envies et ses désirs dès la naissance."L'enfant établit un lien étroit entre la satisfaction de ses besoins et l'amour de sa mère : ses besoins ne seront satisfaits que pour autant qu'il est aimé de sa mère, et pour en être aimé il lui faut se conformer à ses exigences et à ses désirs. Sa plus grande angoisse est qu'un tel lien puisse être détruit [...] C'est dans ce contexte que vient prendre place le personnage du père. Il y apparaît comme un troisième terme qui s'introduit en gêneur pour l'enfant dans la relation à deux avec la mère, et qui en compromet le caractère exclusif. L'enfant s'aperçoit qu'il n'est pas tout pour sa mère, qu'il ne peut pas prétendre à posséder seul son intérêt et son amour." (G.P. Brabant, Clefs pour la psychanalyse, 1970) Pour le garçon, "en outre, côte à côte avec les sentiments positifs, l'affection et l'admiration qu'il voue éventuellement à son père, existent des sentiments hostiles et des souhaits de mort à son endroit, issus de la rivalité relative à la mère." (Brabant, op. cit.). Par ailleurs, le garçon doit en même temps construire son identité sexuelle, sa masculinité, en s'identifiant au père tout autant qu'il le jalouse et le rejette.

Ainsi, nous pouvons dire que la théorie de Freud considère comme fondamental le "conflit des générations" : selon lui, le garçon doit symboliquement éliminer le père et prendre sa place pour pouvoir devenir adulte et père à son tour.

Tuer le père : le mythe de Saturne-Cronos


Saturne dévorant ses enfants, Goya, 1820


Le mythe de Cronos (Saturne chez les Romains) s'inscrit dans un ensemble de mythes du parricide (meurtre du père) ; dans ce mythe, la naissance du fils est soumise à l'élimination du père : c'est en supprimant la génération précédente qu'une nouvelle génération accède au monde et au pouvoir.
Il est cependant intéressant de remarquer qu'on trouve également dans ce mythe une reproduction des générations :  après avoir éliminé son père, Cronos est à son tour éliminé par son propre fils ; et il reproduit le comportement de son père alors même que c'est ce comportement qui avait entraîné le parricide. Seul Zeus parvient à mettre fin au cycle d'élimination-reproduction, en instaurant un nouveau mode de pouvoir.

Résumé du mythe


"Fils d'Ouranos (le Ciel) et Gaïa (la Terre), Cronos appartient à la première génération des dieux ; il est le plus jeune des Titans, les douze enfants divins possédant une apparence normale.
Homère et Hésiode le nomment « le dieu aux pensers fourbes » ou « à l'esprit retors ». Hésiode ajoute qu'il hait son père, lequel voue les mêmes sentiments à ses enfants, sans que l'on sache si cela s'applique seulement à ses enfants difformes — les Cyclopes et les Hécatonchires — ou à l'ensemble de sa progéniture. Dès leur naissance, il les emprisonne dans le sein de leur mère. Furieuse, Gaïa fabrique une faucille en acier et demande à ses enfants de l'aider à se venger, mais seul Cronos répond à l'appel. Placé en embuscade, il attaque Ouranos alors que celui-ci vient se coucher avec Gaïa, et de sa faux, lui tranche les testicules, qu'il jette à la mer. Ouranos leur donne alors le nom de « Titans » parce que, précise Hésiode, ils ont tendu le bras trop haut et parce que l'avenir saura en tirer vengeance. Ouranos et Gaïa avertissent également Cronos qu'il sera détrôné à son tour par son propre fils.
Hésiode n'indique pas que Cronos assume le pouvoir à la mort de son père, même s'il mentionne par ailleurs qu'il règne parmi les Immortels. En revanche, des sources plus tardives indiquent qu'une fois libérés, les Titans accordent le trône à leur frère, dont la première mesure est de jeter dans les profondeurs du Tartare ses frères difformes, les Cyclopes et les Hécatonchires.


Cronos épouse sa sœur Rhéa. N'oubliant pas la prophétie de ses parents, il dévore chacun de ses enfants au fur et à mesure qu'ils naissent : Hestia, Déméter et Héra, puis Hadès et Poséidon sont ainsi avalées par Cronos. Lorsque arrive le sixième, Rhéa, sur le conseil de sa mère Gaïa, cache l'enfant en Crète et le remplace par une pierre que Cronos engloutit directement.
L'enfant ainsi épargné est Zeus. Il grandit loin de ses parents, et une fois parvenu à l'âge adulte, veut libérer ses frères et sœurs. Avec Gaïa, il s'arrange pour les faire recracher à son père — Hésiode ne précise pas comment, mais des sources tardives précisent que c'est Métis, déesse de la ruse, qui offre à Cronos un émétique [vomitif]. Celui-ci vomit alors tout ce qu'il avait ingurgité jusque là, y compris la pierre qui l'a abusé, que Zeus place ensuite à Delphes. Une variante orphique veut que, sur suggestion de Nyx, Cronos ait été drogué avec du miel, attaché puis castré à son tour. En tout état de cause, il finit jeté dans le Tartare, tandis que Zeus Déméter, Hestia, Héra, Poséidon et Hadès gagnent les cimes du mont Olympe.
Zeus libère les Hécatonchires et les Cyclopes du Tartare et, en récompense, reçoit de ces derniers le trait de foudre, qui lui sert à vaincre les Titans." (source: wikipedia)

Little Miss Sunshine



Fiche
2006/ USA - 1h 41
REALISATEUR Valerie Faris
ACTEURS PRINCIPAUX Toni Collette, Greg Kinnear, Steve Carell, Paul Dano, Alan Arkin
Oscar du meilleur second rôle masculin, Oscar du meilleur scénario original, César du meilleur film étranger, Grand Prix du Jury au Festival de Dauville




Bande Annonce : Little Miss Sunshine
envoyé par cineFA.


L'Histoire : Cliquez ici pour un résumé



 Le Détour dans Little Miss Sunshine
En tant que "Road-Movie", Little Miss Sunshine est essentiellement un film sur le détour ; mais comment celui-ci est-il appréhendé?

- La peur du détour

La première partie du film semble a priori condamner le détour, à travers des personnages qui cherchent à "aller droit au but" : c'est le cas bien sûr du père, Richard Hoover, avec son "Parcours vers le succès en 9 étapes" qui interdit tout détour, mais aussi de son fils, Dwayne, tendu vers le but à atteindre et qui se soumet à une discipline de fer, ou d'Olive,  engagée dans un cursus de concours où le détour n'a pas sa place, comme le signifie par exemple le refus d'accepter les retardataires lors de l'épreuve finale ; ce refus du détour peut être symbolisé par les chorégraphies qui occupent une place centrale dans la sélection : par définition, la chorégraphie interdit tout détour, tout pas hors du schéma pré-établi, toute improvisation .
Ainsi, le détour paraît lié à l'échec, aux "losers", dans une société où la compétition, les "winners" constituent une valeur suprême.
Citation : 
"Il existe deux sortes d'individus: les gagnants et les perdants. A l'intérieur de chacun de vous sans exception, au fond de vous, au coeur, au plus profond de votre être, il y a un vainqueur, un vainqueur qui n'attend que d'être réveillé et laché à l'assaut de l'immensité du monde. Avec mon nouveau programme "Refuser l'échec" en 9 étapes, vous avez désormais les outils nécessaires, la connaissance et le savoir-faire pour mettre vos vieilles habitudes de perdants derrière vous et aller de l'avant pour réaliser vos rêves les plus fous. Finies les hésitations. Finies les jérémiades. Finies les excuses. Soyez les acteurs de ce monde, je veux que vous soyez des gagnants ! Merci."

A l'inverse, le personnage du grand-père est d'emblée lié au détour, qui constitue pour lui un véritable art de vivre (voir son apologie du "détour" sexuel en opposition avec le droit chemin matrimonial).



Cependant, le détour s'immisce dès les premières minutes dans l'intrigue : c'est bien un détour qui constitue l'élément déclencheur positif, celui qui a arrêté le parcours de la candidate que remplacera Olive. Mais cet élément déclencheur devrait également fonctionner comme un signal d'alerte : sera-t-il possible d'éviter les détours et les embûches sur ces voies qu'ils se sont tracées?

- Le triomphe du Détour





En effet, bien des détours attendent les personnages, symbolisés par le trajet erratique de la camionnette : arrêts, poussées, volte-face pour rechercher une Olive malencontrueusement oubliée... le trajet échappe à tout contrôle et cette échappée en roue libre culmine dans la recherche burlesque de la sortie d'autoroute qui conduirait sans détour au but, c'est à dire ici à la porte de l'hôtel.


Peu à peu, ces détours constituent l'essentiel et deviennent des moments précieux ; ils rendent unité et solidarité à la famille éclatée, ils permettent à chacun de se trouver, se retrouver.


A la fin, le détour devient volontaire, affirmation de soi et de  liberté contre les schémas imposés par la société ; la chorégraphie et le concours sont détournés tandis que les personnages s'approprient l'espace dont on voulait les exclure... Le détour ouvre l'espace de la contestation, de la liberté, de l'identité mais aussi du plaisir et d'un certain bonheur... 



Génération(s) dans Little Miss Sunshine

La question des générations occupe également une place centrale dans Little Miss Sunshine. Trois générations sont ici rassemblées, au sens propre, à l'intérieur d'un espace clos. Les questions de l'adolescence, de la vieillesse et de la mort, de l'enfance, de la maturité sont abordées, mais aussi la question des relations entre les générations, et le problème de la transmission.


- Des relations conflictuelles.

Dans la première partie du film, c'est le conflit qui caractérise les relations inter-générationnelles : conflit entre Richard et son père, et entre Richard et ses enfants, conflit entre Dwayne et l'ensemble des adultes à qui il oppose son silence : "I hate everyone". L'oncle Franck constitue un cas à part, puisque, nous le verrons, son statut d'adulte semble problématique.  La mère est elle du côté de l'harmonie, elle est le lien fragile qui cherche à réunir les différents protagonistes.
Peu à peu, les conflits vont se résoudre, en suivant une voie "naturelle", celle des âges de la vie  : le grand-père meurt, ce qui permet à Richard de découvrir l'amour qu'il lui portait ; Dwayne grandit et dépasse les caprices de l'adolescence.

- Le "brouillage" des générations.
Ce mouvement "naturel" s'oppose au brouillage des générations qui constitue une problématique importante du film. La confusion des générations est un symptôme du dérèglement de la société : plusieurs personnages sont incapables d'assumer leur statut d'adulte, et s'enferment dans le "jeunisme" ; c'est le cas du grand-père, bien sûr, mais aussi de l'oncle qui ressemble à un éternel adolescent, et même du père incapable de remplir véritablement sa fonction de père. 

Les enfants, quant à eux,  sont privés d'enfance, contraints d'endosser trop tôt un rôle d'adulte : dans les concours, les petites filles sont transformées en femmes fatales et sexualisées d'une manière qui suscite le malaise ; seule Olive conserve sa posture et son corps d'enfant. 


Au sein de la famille, l'irresponsabilité des adultes oblige Olive et son frère à assumer des responsabilités qui ne devraient pas être les leurs : c'est Olive qui sort son frère de la crise alors que ses parents demeurent impuissants ; c'est à Dwayne qu'on confie la tâche de veiller sur son oncle,  alors qu'enfermer un adolescent en crise et un dépressif suicidaire semble pour le moins irresponsable...

La hiérarchie des générations se rééquilibre à la fin : Olive manifeste son appartenance à l'enfance dans une danse libératrice, les adultes semblent avoir "grandi". De manière très significative, Richard prend les choses en main après la mort de son père, comme si il avait enfin réussi à "tuer le père".



- La question de la transmission.
Ce dérèglement des génération(s) (caractéristique de notre société : voir le phénomène de "l'adulescence" et les concours de Mini Miss, qui existent réellement) rend la transmission problématique. Le fil qui conduirait de Richard à ses enfants est rompu, c'est le grand-père qui se charge de la transmission (c'est lui qui prépare Olive au concours, lui qui prend en charge l'éducation sexuelle et sentimentale de Dwayne). Mais un grand-père héroïnomane exclu de sa maison de retraite peut-il constituer un modèle? 
Peu à peu, au fur et à mesure des détours du voyage, le lien de transmission se reconstruit, en particulier entre Franck et son neveu dans la scène au bord de la plage.   









Lire une critique du film  ici